« Le Spectacle de la fin des études » du Centre national des arts du cirque, une petite perle de virtuosité et d’ironie

Une petite tente plane à 6 mètres de hauteur sous le chapiteau. Sa toile bleue, illuminée par une lanterne de camping, nous fait de l’œil dans la nuit. Refuge fragile, cabane perchée, cocon planant, elle rayonne sur la piste du Spectacle de la fin des études, mis en scène par Halory Goerger pour la 37ᵉ promotion du Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne, à l’affiche jusqu’au 22 février de La Villette, à Paris.

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Cette pièce ne fait pas mentir son titre, puisqu’il s’agit de la création marquant la fin du cursus de trois ans d’études prolongés par un an d’insertion professionnelle du Centre national des arts du cirque, dirigé par Peggy Donck. Dans ce contexte, le spectacle prend un poids symbolique majeur, tremplin de jeunes artistes auxquels il sert de drapeau. Toujours très attendu depuis 1995, ce rendez-vous met face à face une troupe éphémère d’acrobates et un chorégraphe ou un metteur en scène spécialement invité. Il profite depuis trente ans du soutien de La Villette, plaque tournante pour la diffusion et la reconnaissance.

A l’affiche depuis le 4 février, avant de partir en tournée, Le Spectacle de la fin des études a réjoui, jeudi 12 février, les 470 spectateurs qui se pressaient sous la toile. Il faut dire que cette pièce est une perle. Non seulement elle potentialise la technique des quatorze acrobates, âgés de 23 à 28 ans, mais elle valorise aussi leur humour et leur engagement avec une gouaille qui pique et fait mouche. Les sketches et les chansons, écrits par Halory Goerger, libèrent des critiques sociopolitiques tout en ironisant dans la bonne humeur sur les conditions de travail de la nouvelle génération. Parés à décoller ? Le micro est ouvert et le kit du diplômé plus qu’opérationnel : « Un mini-chapiteau pliant de notre partenaire “Quechuo”, qui vous permettra d’exercer dans le cadre de notre programme “été culturel”, au sein des campings de France et de Navarre. »

Ellipses sans fin

Revenons donc nous blottir sous ce rikiki « chapiteau » qu’est une tente dépliable en deux secondes ! Répertoriée dans la collection du Centre Pompidou, la fameuse Quechua, ici rebaptisée « Quechuo », rappelle évidemment les abris de fortune que l’on voit malheureusement un peu partout, mais se déplace vite du front de la survie. Elle se métamorphose à volonté sur le fil d’un défilé de mode joyeusement bazar. Elle colore dans une gamme pop la tendance récup du spectacle qui respire un quotidien sans ostentation.

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Ce vestiaire pratique se laisse aussi oublier, tant les numéros se révèlent épatants. Leur virtuosité en impose, mais surtout leur originalité et l’affirmation de soi encapsulée dans chacun des tableaux débordent largement de la seule prouesse. Les sangles parallèles volent dans un ballet de lanières entre les mains de Lucy Vandevelde et Vladyslav Ryzhykh. La corde molle rebondit souplement sous Viola Fossi tandis que le fil accueille Anaïs Boyer. La roue Cyr embarque une triplette de personnalités (Antonio Armone, Clarisse Baudoin, Luna Lhomme) dans des ellipses sans fin. Quant au trapèze fixe long de deux mètres, il sert de perchoir au rêve d’Alice Langlois, qui l’apprivoise avec une lenteur ensorcelante.

Les interprètes ouvrent de nouvelles perspectives sur leur pratique. Le main-à-main, revisité au sol façon culbuto par Mathilde Hardel et Shay Shaul, devient un jeu de roulades fascinant avant que les deux jeunes femmes ne se redressent pour des portés acrobatiques. Certains imaginent de nouveaux agrès. Ainsi, l’experte en équilibres sur les mains Federica Peirone s’invente un nouveau corps en se harnachant de tuyaux extra-longs qui servent également à recueillir l’eau pour arroser les plantes. Sous les assauts répétés de Marc-Félix Fournier, le mât chinois donne envie à tout le monde de s’y frotter pour mieux s’effondrer en riant. Un élan collectif que les acro-danseurs Enrica Boringhieri et Matéo Motes insufflent.

Entre cirque et théâtre, flonflons et piano, le groupe valdingue en se tenant les coudes. Sa cohésion éclate sur la piste et rafle la mise. Contrairement à la conclusion qui parle « d’ambiance morose, de ventre vide, de vinaigre à la place du champagne et de corps meurtris qui vont finir aussi maigres que les budgets du spectacle vivant », on croise les doigts pour un futur électrique à la démesure de cette bande de circassiens déterminés.

Le Spectacle de la fin des études, de Halory Goerger. Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne. Parc de La Villette, Paris 19e, jusqu’au 22 février. En tournée : les 27 et 28 mars à Elbeuf (Seine-Maritime), du 2 au 4 juillet à Montigny-lès-Metz (Moselle), les 15 et 16 juillet à Verdun (Meuse).

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