
« C’est le premier projet de loi que je porte moi-même. » Le 24 février, sous les applaudissements des députés, le premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, s’enorgueillissait d’être personnellement à l’initiative d’un projet de loi durcissant les peines réprimant les relations homosexuelles dans le pays.
C’est ce texte qui a été adopté, mercredi 11 mars, par l’Assemblée nationale sénégalaise. Mesure la plus emblématique, la nouvelle loi prévoit de punir les « actes contre nature » de cinq à dix ans de prison, contre un à cinq ans actuellement. La peine maximale sera prononcée si l’acte a été commis avec un mineur, selon le texte. La loi prévoit également des sanctions pénales contre la « promotion » de l’homosexualité au Sénégal.
Dans un pays réputé tolérant à beaucoup d’égards, la répression de l’homosexualité s’est imposée comme un thème porteur. Les calculs politiques du camp Sonko, arrivé au pouvoir en 2024 sur un discours souverainiste, rejoignent les préoccupations d’une opinion publique chauffée à blanc.
« Le premier ministre réagit à l’actualité, ce qui est normal », remarque Thierno Alassane Sall, député de l’opposition, qui n’a lui-même pas voté en faveur de la loi – pas par souci de défense des droits des homosexuels, explique-t-il, mais parce qu’il considère que la démarche est démagogique. L’élu fait référence à deux arrestations groupées réalisées par les autorités au début du mois de février, qui défraient depuis la chronique. Quatorze personnes, suspectées d’appartenir à un réseau pédocriminel remontant jusqu’à la France et visant de jeunes garçons, ont été interpellés le 8 février. Certains prévenus sont accusés d’avoir transmis le VIH en connaissance de cause.
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