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Histoires Web mardi, mars 5
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DISNEY+ – À LA DEMANDE – SÉRIE

On avait laissé Jack Dawkins en 1834, année de la parution d’Oliver Twist, au seuil de l’adolescence et de la déportation vers l’Australie. L’avenir du Rusé matois ou du Renard, selon les traductions d’Oliver Twist, The Artful Dodger en version originale, pickpocket virtuose au service du terrible Fagin – chef cruel d’une bande de délinquants juvéniles à laquelle s’était joint le gentil Oliver – semblait fort compromis.

Deux siècles plus tard ou à peu près, voilà que Jack Dawkins resurgit, en Australie, comme l’y destinait la justice de Sa Majesté, mais dans l’exercice d’une profession nouvelle qui nécessite autant de dextérité que l’ancienne, tout en bénéficiant de la considération du corps social. Dans cette impertinente variation sur un motif de Charles Dickens, les créateurs du Renard. Prince des voleurs n’ont conservé de l’auteur de David Copperfield que son horreur pour les injustices de la société victorienne, jetant aux orties sa pruderie et sa propension aux paroxysmes mélodramatiques.

Une fois passé l’épisode qui présente le jeune Dawkins (Thomas Brodie-Sangster), praticien surdoué et désargenté, qui survit grâce au jeu, au risque d’encourir la fureur du roi de la pègre locale, la série s’éloigne de ces clichés pour s’amuser avec les personnages de Dickens, en les précipitant dans la sauvagerie d’une Australie qui est avant tout une colonie pénitentiaire.

Divertissement

Ce soudain influx d’énergie tient à l’arrivée de Fagin à qui un magistrat emperruqué a offert un aller simple pour les antipodes. Le personnage est habituellement présenté comme un monstre, et son portrait – dans le roman de Dickens, qui s’en est par la suite repenti, et dans le film de David Lean (1948) – baigne dans des relents antisémites nauséabonds. Ici, la traversée lui a fait du bien. Pris en charge par David Thewlis (le professeur Lupin à Poudlard), Fagin est un filou drolatique. Thewlis trouve en Thomas Brodie-Sangster un partenaire idéal, habile faire-valoir des excès d’un cabot qui semble surgi du Grand Guignol.

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A la cruauté des crimes et des châtiments s’ajoutent les séquences chirurgicales capables de remuer les estomacs les mieux accrochés. Heureusement, Lady Belle Fox (Maia Mitchell), la fille du gouverneur, chirurgienne empêchée par sa condition de femme, impose l’usage de l’éther au bout de quelques épisodes, au mépris, probablement, de l’histoire de la médecine australienne.

On l’aura compris, l’ambition, modeste, de ce Renard est ailleurs, du côté du divertissement. Si la satire s’exerce, c’est moins à l’égard du colonialisme britannique qu’à celui du monument national qu’est devenue l’œuvre de Dickens. Pour les lecteurs du grand homme, le twist final (et l’on me pardonnera à la fois le jeu de mots et l’anglicisme) est particulièrement réjouissant.

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