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Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, la France ne constituait pas réellement un espace économique cohérent. Bien sûr, la proximité géographique a favorisé le commerce entre les villes de l’ancienne Gaule – c’est une des lois les mieux établies en économie que les échanges sont plus denses entre voisins. Le géographe grec Strabon admirait déjà l’étendue du réseau de navigation fluviale gaulois : le Rhône et la Saône, la Seine, la Loire, la Garonne facilitaient grandement les transports de marchandises. Mais même quand les frontières politiques du territoire national furent mieux définies, l’économie intérieure était limitée par de nombreuses entraves. Au XVIIe siècle, les libraires de Lyon qui voulaient exporter des livres vers l’Espagne devaient payer plus d’impôts pour atteindre les Pyrénées françaises que pour traverser la frontière et se rendre à Madrid.

Sous Colbert, un premier marché intérieur se développe, avec l’abolition des tarifs douaniers dans la moitié nord du pays, réforme ambitieuse qui est étendue à la totalité du territoire en 1789. A partir de ce moment, l’Etat se met à investir davantage dans les infrastructures de transport : routes et canaux, notamment celui du Midi. Les constructions s’accélèrent au XVIIIe siècle et sous la Restauration, avant les premiers chemins de fer.

Cette libéralisation allait de pair avec une politique protectionniste, visant à favoriser le développement de l’industrie textile et métallurgique. Ainsi, dès lors que la France devient un pays intégré commercialement et que sa politique douanière se dote d’un objectif « industriel », on peut parler d’une politique économique française.

Périodes plus ou moins favorables

Le protectionnisme n’a pas toujours empêché la croissance. Le « paradoxe de Bairoch », bien connu des historiens, s’applique à la France : ce n’est pas durant les phases de libre-échange que son économie a crû le plus vite au XIXe siècle. Sous le Second Empire, quand la France semble la plus acquise à l’idée de libre-échange, la croissance diminue jusque dans les années 1890. Au contraire, les périodes relativement protectionnistes du Premier Empire, de la Restauration et de la Belle Epoque ont été plus favorables. Le blocus continental, sous Napoléon Ier, a même favorisé la croissance de l’industrie mécanique textile dans le nord du pays, en la protégeant de la concurrence anglaise. Ces nouvelles manufactures ont survécu au blocus et ont réussi à se maintenir malgré la reprise du commerce avec l’Angleterre. Ainsi, une politique protectionniste n’empêche pas toujours le progrès technique et peut même favoriser les industries naissantes, selon un vieil argument auquel croyait déjà Colbert.

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