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C’est sans doute l’un des spectacles les plus fascinants de la nature : des nuées de papillons monarques (Danaus plexippus), orange et noir, qui s’envolent dans les rayons du soleil tandis qu’une multitude d’autres se serrent en rangs bien alignés sur les branches des sapins. Cette féerie se déroule chaque année dans l’Etat du Michoacan, dans le centre-ouest du Mexique, entre novembre et mars dans les forêts de conifères et de pins de la réserve de la biosphère du papillon monarque qu’on atteint à pied ou à cheval.

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Epuisés par une migration de plus de 4 000 kilomètres à travers l’Amérique du Nord, pour passer l’hiver loin du froid canadien, les papillons récupèrent leurs forces grâce au nectar des sapins oyamels. A Rosario, qui reçoit normalement les colonies les plus nombreuses, Sergio Tellez Guzman, secrétaire général de cette commune de 8 000 habitants, ne cache pas aux visiteurs que la cuvée de cette année n’est pas bonne : « Les papillons sont peu nombreux, ils ne recouvrent que quelques sapins. »

Le rapport annuel de l’organisation internationale World Wild Fund (WWF), réalisé en collaboration avec l’université de Mexico et la Commission nationale forestière, a confirmé le sentiment de Sergio Tellez Guzman le 7 février : les populations de monarques ont fortement baissé cette année : elles se sont déployées sur moins de 1 hectare de forêt (0,9 ha), soit une diminution de la superficie de 59,3 % par rapport à 2022 (2,21 ha), qui était elle-même déjà nettement inférieure aux 6 hectares occupés en 2018.

« C’est un mauvais résultat. Ces dix dernières années, nous n’avons pas dépassé une moyenne de 2,7 hectares d’occupation, bien loin de notre objectif de 6 hectares », explique le biologiste Eduardo Rendon, qui travaille depuis trente ans dans cette région pour le WWF. Ces données sont d’autant plus décevantes que le Mexique a renforcé la protection des 56 000 hectares de la réserve de la biosphère, où ce lépidoptère migrateur se rend chaque année sans que les scientifiques sachent expliquer ce comportement.

Un habitat préservé

Les communautés locales, propriétaires de ces bois, ont été les acteurs de cette conservation et, en quinze ans, la coupe illégale dans les 13 454 hectares du cœur de la réserve a en effet quasiment disparu. Plusieurs organisations proposent désormais des alternatives économiques aux populations locales, en plus des revenus du tourisme et des aides financières pour « services écologiques ».

A l’entrée de la réserve de biosphère, dans la municipalité d’Ocampo, on longe d’abord les pépinières de sapins oyamels, où plusieurs personnes s’affairent « toute l’année », tient à préciser Sergio Tellez Guzman. La plantation de ce sapin est prévue à partir de juillet, lors de la saison des pluies, mais « tous les jours, on s’occupe des pépinières », insiste encore le responsable municipal, qui porte un gilet du WWF. Son large sourire s’évanouit quand il ajoute : « Ne dites pas qu’il y a des avocatiers dans le noyau de la réserve, la presse a déjà prétendu n’importe quoi. »

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