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LETTRE DE MEXICO

L’entrée de l’édifice ne comporte aucune indication, mais les trois étages de ce petit immeuble au sud de la ville de Mexico sont bien loués par le JointClub, le premier « club cannabique » du Mexique, créé par l’association Joint With US en 2021. Dès la rampe d’escalier, la feuille de cannabis se retrouve sur tous les graffitis.

Le premier étage propose une ambiance studieuse, où l’on travaille sur son ordinateur en prenant un café. Au deuxième en revanche, l’atmosphère est beaucoup plus ludique : on peut jouer au billard, au baby-foot ou aux jeux vidéo. Un comptoir accueille des clients sur des tabourets mais ici, ce sont les cendriers et les narguilés (pipes à eau) qui trônent, et non les verres d’alcool. Le clou est bien sûr la terrasse, où l’on peut admirer la vue tant sur la ville que sur les 36 plants de marijuana − issus de cinq variétés différentes − qui poussent à l’abri d’un voile blanc.

Les 70 « clients » sont en réalité associés du club et peuvent consommer, ici ou chez eux, jusqu’à 28 grammes de marijuana par mois en échange d’une adhésion de 75 euros mensuels. « Le club se charge de leur obtenir un permis pour qu’ils puissent cultiver, consommer ou transporter de la marijuana sans risquer des problèmes légaux », explique l’avocat Fernando Dominguez, également l’un des fondateurs de ce club.

A première vue, le cannabis semble donc légalisé au Mexique. « Uniquement si tu as un bon avocat », précise Zara Snapp, directrice de l’Institut RIA, spécialisé dans les politiques du pays en matière de drogue. « Le cannabis reste illégal, mais il existe des exceptions à cette illégalité grâce à la société civile, qui se bat sans cesse et depuis plus de dix ans sur le terrain judiciaire », poursuit-elle.

« Parcours du combattant »

Le Mexique avait pourtant montré une grande ouverture sur la question ces dernières années. En 2017, d’abord, le Congrès autorise l’usage médical du cannabis puis, surtout, en 2021, la Cour suprême dépénalise la consommation à des fins récréatives pour les adultes, et son usage n’est plus une infraction dans le code pénal.

Lire aussi (2021) | Article réservé à nos abonnés Le Mexique dépénalise sous conditions la consommation récréative de cannabis

Mais la législation censée apporter un cadre légal à sa commercialisation n’a jamais vu le jour et a donné lieu à une bataille peu commune entre députés et sénateurs. « Le Sénat avait mis au point un texte de loi particulièrement avancé, mais les députés ont changé 49 des 61 articles. Autant dire que les sénateurs n’ont jamais voulu défendre un texte totalement dénaturé », explique Zara Snapp.

Les clubs, tout comme les « plantations » à la maison, fonctionnent à partir d’une autorisation, difficile à obtenir, de la Commission fédérale pour la protection contre les risques sanitaires (Cofepris). « C’est un parcours du combattant, mais ça fonctionne : on sollicite une autorisation à la Cofepris, qui va la refuser. On fait donc un recours devant un juge, qui va nous donner raison, et on obtient enfin un permis de la Cofepris après près de dix mois de procédures », explique l’avocat Emilio Rascon, président de l’association Barbarossa’s, dans l’Etat du Chihuahua (nord du Mexique), qui a mis au point un guide pour faciliter les demandes de permis par les usagers.

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