Sur cette hauteur, le vent glacé est à décoiffer ; le ciel, bas, et la mer, chatoyante. Vu depuis les Jardins suspendus, perchés sur la falaise qui domine Le Havre (Seine-Maritime), l’estuaire de la Seine s’étale en Technicolor. Au large, sur la Manche, la file indienne de porte-conteneurs ressemble à une caravane rose se déplaçant lentement sur une plaine argentée.
Par endroits, sur la mer, des écailles d’or semblent ouvrir les portes d’un monde aquatique fantastique. « C’est le mélange des eaux, douces et salées, qui crée un réfléchissement particulier. Ici, la lumière semble sortir de l’eau ; le peintre Raoul Dufy la comparait à celle de Syracuse, en Italie », explique Lise Legendre, guide-conférencière et enfant du cru. En plein hiver, cette chimie résiste aux intempéries et, pour qui sait patienter, les rayons du soleil font apparaître les couleurs de la ville portuaire.
Sur le chemin de ronde de l’ancien fort de Sainte-Adresse, toutes les nuances du vert sont au rendez-vous. Les quatre bastions du bâtiment militaire du XIXe siècle ont été savamment colonisés par des plantes d’Asie, d’Océanie et des Amériques, organisées en jardins thématiques. Pour enraciner, il a d’abord fallu déminer. La casemate la plus à l’ouest n’abrite plus d’obus, mais les fines tiges vert vif des lys des cafres qui se balancent en petit bosquet devant un tapis de cotules hérissées, presque bleutées, face à un eucalyptus dont le tronc gris clair résiste vaillamment aux bourrasques.
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