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L’Allemagne, ces jours-ci, a un petit air de France. Barrages d’agriculteurs, mouvements de grève, partis politiques ébranlés par la montée de l’extrême droite, tensions gouvernementales, crise budgétaire… En l’espace de deux ans, la légendaire stabilité de l’ère Merkel s’est évaporée. Le ministre des finances, le libéral Christian Lindner, rejette le qualificatif « d’homme malade de l’Europe » que certains veulent de nouveau coller à son pays, en référence à l’époque des difficultés de la réunification. L’Allemagne, a-t-il rectifié devant le Forum économique de Davos, est plutôt « un homme fatigué qui a besoin de caféine ».

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C’est l’AfD (Alternative für Deutschland), le parti d’extrême droite, qui a involontairement apporté cette salutaire dose de stimulant. Les révélations d’un site d’investigation, Correctiv, sur une réunion secrète de dirigeants du parti au cours de laquelle ont été évoqués des plans de déportation massive d’immigrés ont jeté des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Berlin, de Hambourg, de Francfort, de Munich et d’autres villes.

Cette saine et vigoureuse réaction aux dérives néonazies d’un parti en pleine ascension qui attire aujourd’hui plus de 20 % de l’électorat dans les intentions de vote, voire jusqu’à 35 % dans certains Länder de l’est du pays, doit être saluée. Le poids de l’histoire et la radicalisation de l’AfD expliquent sans doute la réaction massive des Allemands, en comparaison avec leurs voisins français, plus passifs à l’égard d’une extrême droite qui joue la carte de la normalisation et de la respectabilité. C’est aussi avec la grille de lecture de l’histoire allemande qu’il faut appréhender le débat actuel outre-Rhin sur une éventuelle interdiction de l’AfD.

La coalition gouvernementale en difficulté

De gauche à droite, la montée de l’extrême droite secoue le système politique allemand et fractionne le paysage des partis traditionnels. Après la création d’un parti d’extrême gauche par l’ancienne dirigeante de Die Linke (« la gauche ») Sahra Wagenknecht, c’est un courant ultraconservateur de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le grand parti de centre droit, qui vient de faire sécession. Son chef de file, Hans-Georg Maassen, entend transformer son association Union des valeurs en parti politique qui, assure-t-il, sera « prêt à parler avec tout le monde », c’est-à-dire aussi avec l’AfD, posture que rejette la CDU.

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Parallèlement, la coalition gouvernementale tricolore, qui regroupe les sociaux-démocrates du Parti social-démocrate (SPD), les Verts et le Parti libéral, continue de se débattre dans les difficultés d’une gestion à trois, sous la houlette malaisée d’Olaf Scholz, chancelier peu communicatif et impopulaire. Le choc de la guerre en Ukraine, dont l’impact en Allemagne a été particulièrement brutal en raison de ses liens énergétiques passés avec la Russie, renforcés sous l’ère Merkel, a changé la donne économique. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe a ajouté aux difficultés du gouvernement en le privant d’importantes ressources destinées à la transition écologique, faisant resurgir les divisions idéologiques au sein de la coalition entre partisans de la rigueur budgétaire et avocats d’un assouplissement.

Comme beaucoup de pays européens, l’Allemagne vit un moment politique et économique difficile. Sa position dominante au sein de l’Union européenne rend cette période plus visible – plus préoccupante aussi. La vitalité de son attachement à la démocratie, dont elle vient de faire la démonstration, reste son meilleur atout pour surmonter cette crise.

Le Monde

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