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« C’est dingue : tu as senti le truc venir ! » Depuis le déclenchement de la guerre entre Israël et le Hamas, à la suite du massacre perpétré par le groupe islamiste dans l’Etat hébreu, le 7 octobre 2023, et le déferlement d’actes et de propos antisémites en France, Noé Debré se voit parfois prêter des pouvoirs divinatoires. Son premier long-métrage, Le Dernier des juifs, en salle le 24 janvier, percute en effet l’actualité. Le film croque la vie banale d’un jeune homme, dernier juif de sa « ville natale de banlieue parisienne », cerné par un antisémitisme sourd mais tenace.

Les cinéphiles aiment rappeler que le réalisateur et scénariste de 37 ans avait cosigné avec Blanche Gardin le scénario de Problemos, une comédie piquante sortie en 2017, qui mettait en scène les survivants babas cool d’une pandémie, semblant anticiper la catastrophe du Covid-19… Comment, après ça, ne pas être tenté de croire en sa prescience ? « Pfff, tu parles, moi j’ai développé Le Dernier des juifs pendant plus de deux ans, avec l’impression d’être toujours en retard », s’amuse le cinéaste.

A l’origine du film, une image, celle d’un « jeune juif russe seul au milieu d’une cité allemande », vue dans un court-métrage de 2020 (Masel Tov Cocktail, d’Arkadij Khaet et Mickey Paatzsch), et des conversations entre amis.

« Quand la résurgence de l’antisémitisme arrivait dans les discussions, j’avais une opinion de mec de gauche dans le déni, genre on exagère », se souvient Noé Debré, né juif dans une famille « bourgeoise » de Strasbourg. « Mais, au cours d’une soirée, j’ai été marqué par l’histoire d’une fille qui m’a raconté que ses parents, qui habitaient une cité, devaient vivre avec l’inscription “Vive Mohammed Merah” taguée dans ­l’ascenseur. En se demandant chaque jour lequel des voisins avait pu écrire cela… »

Le réalisateur Noé Debré, le 8 janvier 2024, à Créteil, pour l’avant-première de son film.

De là, il entame, avec Elie Benchimol, un ami comédien à qui il a proposé de devenir son collaborateur à l’écriture, un travail de collecte de témoignages en banlieue parisienne, à Saint-Denis, Bagnolet, Stains, Cachan, Clichy-sous-Bois ou Pierrefitte-sur-Seine. « On a pensé qu’il ne fallait rien inventer. Le scénario ne restitue donc que des situations qui nous ont été racontées. Et nous avons privilégié le quotidien, pas le plus spectaculaire. »

« Le film était déjà puissant. Tout à coup, il est devenu nécessaire »

Aucune menace ni violence physique ne ­surgissent ainsi dans Le Dernier des juifs. Son héros, Ruben Bellisha, un juif séfarade de 26 ans, non diplômé, sautillant et enjoliveur comme un personnage de BD (Michael Zindel, drôlissime), vit dans une cité du « 93 » avec sa mère malade, Giselle (Agnès Jaoui).

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