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Histoires Web mardi, mars 5
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L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Après une citation liminaire d’Isaïe (« Heureux ceux qui l’attendent »), que nous livrons à l’exégèse de nos lecteurs, la caméra descend du ciel et se pose sur la place du marché bigarrée d’une cité de la région parisienne. Là, un jeune homme plus si jeune à l’allure fantasque nommé Bellisha (Michael Zindel) est visiblement en quête d’un poulet strictement casher, dont il ne s’imagine pas encore tout à fait qu’il devra se brosser pour en trouver un sur zone de la sorte. A partir de quoi une voix off – qui évoque le romanesque cinématographique de la Nouvelle Vague – s’élève pour nous présenter ce singulier héros à l’affable nature, en effet heureux d’attendre tant son poulet que son dieu. Quitte à acheter le premier dans l’une des nombreuses boucheries halal à disposition.

Là où les choses se gâtent un peu, c’est lors du retour au bercail, où l’attend Giselle (Agnès Jaoui), une mère juive cloîtrée chez elle par la maladie, naturellement inquiète de tout, et à laquelle il convient surtout de cacher qu’ils sont, elle et lui, les derniers juifs de la cité. Un exercice, en somme, à la Good Bye Lenin ! (Wolfgang Becker, 2003) – où un fils réinventait l’Allemagne de l’Est pour cacher à sa communiste de mère, réveillée d’un coma, la chute du mur de Berlin. Noé Debré ne fera pas tout le film sur ce fil ingénieux. D’abord parce que Giselle, fine, fait parfaitement la différence entre un poulet casher et un poulet halal. Ensuite, parce que la question du subterfuge est sans doute moins importante à ses yeux que celle de l’édification de son super-héros de la nonchalance, définie comme philosophie active, Bellisha.

Fil de funambule

Cette silhouette est d’autant plus forte que le fond sur lequel elle se détache est inquiétant. Et apparaît à double détente. Celle du film, d’abord, avec les bonnes blagues d’égorgement des amis du quartier, les tags antisémites qui font froid dans le dos et tout ce toutim dont on a récemment appris par la bouche des présidentes de prestigieuses universités américaines que le tolérer pourrait « dépendre du contexte ». Celle de la réalité, ensuite, où depuis une vingtaine d’années la liste des victimes juives de l’islamisme en France et dans le monde, violentées, torturées et assassinées, éclaire assez sur la nature dudit contexte.

Quelque chose d’impérial nimbe par contrecoup Bellisha, qui s’obstine à rester dans le quartier quand sa mère, pas tout à fait dénuée de préjugés racistes elle non plus et branchée H24 sur la chaîne israélienne I24, voudrait mettre les voiles. Dans l’ordre du mérite, on citera sa réticence à l’enrôlement communautaire. Sa participation plus que velléitaire au démarchage de pompes à chaleur avec son cousin Asher (excellent Solal Bouloudnine), qui a pris de longue date la poudre d’escampette et quitté le quartier. Sa tendance naturelle à l’affabulation, genre « oui, je fais du krav maga » ou « non, les personnes qui défoncent la porte de la voisine asiatique pour libérer la Palestine ne se sont pas trompées de porte et viennent en fait réparer un dégât des eaux ». Last but not least, sa relation voluptueuse et incendiaire avec une sculpturale voisine musulmane adultère (Eva Huault, atomique), qui n’aime rien tant que de lui réclamer des « mots sales en hébreu », langue dont il connaît tout au plus un ou deux refrains de chansons pionnières.

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