La quasi-unanimité avec laquelle les dirigeants politiques européens se ruent sur des dépenses militaires massives devrait susciter davantage d’interrogations. L’Europe est-elle vraiment menacée par la Russie ? Est-elle militairement faible ? Un tel réarmement contribue-t-il à la paix et aux objectifs politiques de l’Europe ?
S’il est certainement nécessaire de fournir aux armées ukrainiennes les armes dont elles ont besoin pour se défendre, le renforcement massif des armées européennes ne semble pas vraiment justifié. Certes, certains pays de l’Est européen peuvent se sentir menacés d’une agression de type ukrainien. Mais la bonne réponse à cela est un renforcement européen de l’alliance aujourd’hui menacée par l’éloignement états-unien, auquel doivent s’ajouter la constitution d’une gouvernance militaire commune et l’autonomisation des systèmes de production militaires européens.
Evidemment, créer une armée européenne coordonnant les armées nationales, voire les remplaçant à terme, est une décision plus difficile que de (promettre de) dépenser des milliards en armes nouvelles, ce qui bénéficie à tout le moins du soutien enthousiaste des militaires et des industriels de l’armement, deux puissants groupes d’intérêt.
Le beurre ou les canons
Pourtant, chacun sait que davantage d’armes ne résoudront rien si l’organisation militaire n’est pas intégrée et autonome. A vrai dire, les dépenses militaires européennes sont, au total, bien supérieures déjà à celles de la Russie (l’Allemagne et la France y suffisent, même en 2024 après l’augmentation massive des dépenses russes). Et c’est bien logique, car, si la Russie y dépense une bien plus grande part de ses ressources (6 % du produit national brut contre 2 % en moyenne en Europe), celles-ci sont bien moindres (en dollars courants, l’économie russe pèse un dixième de l’économie européenne).
Certes, la Russie a quelques alliés, mais aucun n’aurait assez intérêt à une guerre avec l’Europe pour s’y engager, même économiquement, de manière décisive. Et les difficultés de la Russie à vaincre une Ukraine qui pèse un dixième de son économie ne les encourageront pas.
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