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FRANCE 5 – VENDREDI 19 JANVIER À 23 H 05 – DOCUMENTAIRE

Le journaliste musical Christophe Conte semble hanté par le plus illustre et maudit des studios d’enregistrement français. Après avoir coécrit, en 2015, David Bowie, l’homme cent visages ou le fantôme d’Hérouville, il remet ça avec Le Château d’Hérouville. Une folie rock française, narré par Lou Doillon.

Soit la fascinante histoire d’une pure utopie des années 1970 : l’implantation dans un village du Val-d’Oise de ce qui sera un des premiers lieux résidentiels (jardin, piscine, restaurant avec chef) pour cette activité et accueillera l’aristocratie pop britannique de l’époque (Pink Floyd, T. Rex, Elton John, David Bowie…). Une utopie qui virera régulièrement au cauchemar. Jusqu’à la tragédie, avec le suicide, en 1984, de son créateur, le compositeur Michel Magne.

En cinquante-deux minutes, le documentaire embrasse cette saga avec des images inédites et de multiples témoignages, à commencer par ceux des proches de Michel Magne, son épouse, Marie-Claude, ou les ingénieurs du son Dominique Blanc-Francard et Laurent Thibault.

« Romantique et farfelu »

Tout commence lorsque le futur auteur des bandes originales de Fantômas (1964), d’Angélique, marquise des Anges (1964) ou des Tontons flingueurs (1963) devient châtelain en acquérant, en 1962, avec son ami peintre Jean-Claude Dragomir (mort trois ans plus tard dans un accident de voiture), l’ancien relais de poste qui vit passer Chopin et George Sand. « Romantique et farfelu » de son aveu, Magne s’y rend en Porsche pour y travailler dans la salle de musique qu’il a aménagée. En 1969, l’incendie d’une aile change le destin d’Hérouville : le musicien, qui perd dans le sinistre son œuvre de jeunesse, décide d’engager des frais colossaux pour y bâtir un studio d’enregistrement.

Les premiers clients sont des locaux (Gong, Eddy Mitchell), puis la réputation d’Hérouville ne tarde pas à franchir la Manche et même l’Atlantique. En juin 1971, le groupe californien Grateful Dead, de passage pour le Festival d’Auvers-sur-Oise – un « Woodstock français » rapidement annulé par les intempéries –, y donne un concert lysergique (sous LSD), qui fera la réputation des fêtes maison.

Dans la foulée se succèdent, en 1972 et en 1973, années de gloire, Pink Floyd (Obscured by Clouds, bande originale du film La Vallée, de Barbet Schroeder), Marc Bolan (The Slider, album de T. Rex) ou David Bowie (Pin Ups). Le plus assidu est Elton John, qui y enregistre Honky Château (en l’honneur du lieu), Don’t Shoot Me I’m Only the Piano Player et le chef-d’œuvre Goodbye Yellow Brick Road. Le pianiste se plaît à imaginer que la demeure est hantée et assure que les touches de son clavier s’enfoncent sans intervention humaine…

Bee Gees, Bowie et Iggy Pop

Le documentaire ne s’attarde malheureusement pas sur une raison plus prosaïque de l’engouement britannique pour Hérouville, que reconnaît David Gilmour, guitariste de Pink Floyd : dans le Val-d’Oise, « les impôts sont moins lourds » qu’à Londres.

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Criblé de dettes, Magne cède la gérance du studio qui périclite et renaît grâce à Laurent Thibault. Pour un deuxième âge d’or associant les Bee Gees (Saturday Night Fever), Jacques Higelin ou le duo infernal formé par Bowie (Low) et Iggy Pop (The Idiot). Un répit interrompu par la mort de Magne.

Lire la critique (en 2019) : Sur Arte, Melody Gardot ambiance le château d’Hérouville

Classé, le château entre alors dans un long sommeil de trente années, avant de renaître une nouvelle fois en tant que studio en 2015. Il revient aux musiciens actuels d’en perpétuer la légende.

Le Château d’Hérouville. Une folie rock française, documentaire de Christophe Conte (Fr., 2023, 52 min).

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