Pourquoi le 11 mars est-il la Journée nationale d’hommage aux victimes du terrorisme ? En commémoration du terrible attentat de la gare d’Atocha, à Madrid, en 2004, qui a déterminé la mise en place d’une journée européenne en hommage aux victimes du terrorisme ? Pas tout à fait. Ce choix se base en réalité sur un rapport rendu en 2018 par le ministère de la justice, intitulé « Terrorisme : faire face. Enjeux historiques et mémoriaux ».
Lorsqu’il a fallu déterminer la date de cette journée nationale, le 13 novembre tenait la corde. Seulement, les associations de victimes des attentats de Paris et de Saint-Denis y ont été peu favorables, de peur que « leur » attentat ne prenne symboliquement le pas sur tous les autres. Mea culpa, car force est de constater, huit ans après, que notre position a donné naissance à une journée qui peine à s’imposer dans le calendrier républicain et dans la réflexion des citoyens français.
En cela, elle symbolise parfaitement la difficile organisation par l’Etat de la mémoire du terrorisme en France. Le Musée-mémorial du terrorisme, né du même rapport, en est un autre avatar. Menacé de disparaître à plusieurs reprises, ce projet n’a survécu qu’au prix d’un changement de site, et la pose de la première pierre risque fort d’être repoussée bien après la fin du mandat du président de la République qui en a décidé la création. Quant à la question de l’inclusion de la question des attentats terroristes dans les programmes scolaires, elle s’est faite à portion congrue et sans les ressources pédagogiques nécessaires pour les enseignants. Le conseil pédagogique prévu au Musée-mémorial n’a d’ailleurs jamais vu le jour.
Evoquons enfin, pour clore ce triste inventaire, le grand récit du procès des attentats de 2015 par Emmanuel Carrère, V13 (P.O.L, 2022). Des dizaines de milliers de lecteurs et de lectrices y ont appris que le tribunal de Paris dormait sur des centaines d’heures d’enregistrement, sans savoir comment faire bon usage de ce trésor avant que ne s’écoulent les cinquante ans qui permettront à ces images de tomber dans le domaine public. Pourtant, quel formidable outil cela serait pour montrer la rigueur de notre justice et la force de l’Etat de droit face au terrorisme.
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