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Histoires Web samedi, mars 2
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Le barreau de Paris fait un sale coup aux dessinateurs de presse. Dans le fonds photographique de son musée, il a puisé une extraordinaire sélection d’images de procès, du temps où les objectifs étaient autorisés dans les salles d’audience et les a rassemblées dans un livre, Clichés d’audience (EdiSens, 184 p., 35 euros).

Le capitaine Dreyfus, si droit face à ses juges en 1899. La demi-mondaine Marguerite Steinheil, celle-là même dans les bras de laquelle le président Félix Faure avait rendu son dernier souffle dans le salon bleu de l’Elysée en 1899, posant, dix ans plus tard, ses deux mains gantées de noir sur le rebord du box, pour répondre à l’accusation du double meurtre de son mari et de sa mère (elle fut acquittée).

Le profil d’aigle et les paumes tendues de Désiré Landru, jugé en 1921 pour le meurtre de onze femmes et le léger sourire avec lequel il semble accueillir le verdict le condamnant à mort. Le pâle visage de Violette Nozière, accusée d’un double parricide, en 1934. Philippe Pétain, écoutant Léon Blum déposer comme témoin à son procès pour trahison, en 1946. Le corps évanoui de la fille d’une des vingt-quatre victimes du docteur Petiot, emporté par des policiers en 1946. Le sourire de beau gosse de Pierre Carrot, dit Pierrot le fou, à son arrivée dans le box, en 1947.

La passion des débats au procès historique de Victor Kravchenko dénonçant le goulag devant la 17e chambre du tribunal de Paris, en 1949. La beauté saisissante de Pauline Dubuisson, jugée en 1953 pour le meurtre de son ancien fiancé (dont l’histoire inspira à Clouzot son film La Vérité, avec Brigitte Bardot dans le rôle de l’accusée). L’austérité de Marie Besnard sous sa mantille noire, en 1954. Et la même année, lors du procès de Gaston Dominici, accusé du triple crime de Lurs (Alpes-de-Haute-Provence) devant la cour d’assises de Digne, l’éclair de haine jaillissant entre le vieux paysan et son fils Clovis quand celui-ci l’accable à la barre.

Un retour encadré en 2021

En feuilletant ce livre d’images, en s’attardant sur ces portraits en noir et blanc qui captent au plus près l’expression d’un accusé, montrent la fièvre d’une plaidoirie, saisissent l’aparté entre un avocat et son client, bref, « rendent » l’atmosphère si singulière d’une audience, on est tenté de souscrire aux mots de Basile Ader dans la préface. « Un dessin n’a jamais remplacé une photographie. » Et l’on convient sans peine que, pour la documentation de l’instant judiciaire, de telles images sont plus fortes que bien des croquis. Mais à quel prix ?

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