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Le Parquet national antiterroriste (PNAT) a requis, vendredi 9 février, le renvoi devant le tribunal correctionnel de la société Lafarge et de neuf personnes pour financement de groupes terroristes, en raison de ses activités en Syrie en 2013 et 2014, et pour violations d’embargos internationaux interdisant tout versement à des entités terroristes que sont le groupe Etat islamique (EI) et le Front Al-Nosra, selon le réquisitoire définitif dont Le Monde a pris connaissance.

Parmi les neuf personnes figurent cinq anciens cadres de Lafarge – dont l’ex-PDG Bruno Lafont, l’ex-directeur général adjoint opérationnel Christian Herrault ou encore l’ex-directeur de la sûreté du groupe, Jean-Claude Veillard – ainsi que deux anciens responsables – un Norvégien, Jacob Waerness, et un Jordanien, Ahmad Jaloudi – de l’usine de Jalabiya dans le nord-ouest de la Syrie. Cette dernière a continué de fonctionner malgré la guerre civile, et au prix du paiement de commissions et de taxes à des groupes armés dont certains étaient classés comme terroristes. Figurent aussi parmi les individus renvoyés devant la justice le Syrien Firas Tlass, PDG d’une filiale de Lafarge, et un intermédiaire syro-américain, Amro Taleb.

Le procès ne traitera que du financement pour terrorisme, le volet pour complicité de crimes contre l’humanité visant Lafarge et ses cadres a été disjoint et fait l’objet d’une autre procédure encore en cours.

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Soupçonné d’avoir versé plus de 5 millions d’euros à des groupes djihadistes

Le groupe, désormais filiale d’Holcim, est soupçonné d’avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), un total cumulé de plus de 5 millions d’euros à des groupes djihadistes, dont l’organisation Etat islamique (EI), ainsi qu’à des intermédiaires, afin de maintenir l’activité la cimenterie de Jalabiya, alors même que le pays s’enfonçait dans la guerre.

D’après des éléments des réquisitions signées vendredi et dont l’Agence France-Presse a eu connaissance, Lafarge SA a versé cet argent « dans l’intention de voir ces fonds utilisés ou en sachant qu’ils étaient destinés à être utilisés, en tout ou partie, en vue de commettre des actes de terrorisme, indépendamment de leur survenance, au profit des entités terroristes Ahrar Al-cham, [Front] Al-Nosra et Etat islamique en Irak et au Levant, devenu Etat islamique ».

Le PNAT estime que M. Lafont « a validé la stratégie suivie en maintenant l’activité de la cimenterie en connaissance des financements distribués aux groupes terroristes ». Un autre volet, portant sur une possible complicité de crimes contre l’humanité de la société, fait lui toujours l’objet d’une enquête.

Mi-janvier, la Cour de cassation a définitivement validé la rarissime mise en examen de la société pour cette infraction, rendant plausible un autre procès, cette fois devant les assises. La plus haute juridiction judiciaire avait en revanche annulé les poursuites pour mise en danger des salariés de la cimenterie.

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Le Monde avec AFP

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