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Histoires Web samedi, mars 2
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La bâtisse blanche aux lignes épurées, tout en coursives sur pilotis et coiffée d’un toit-terrasse, a des airs de paquebot. Elle se dresse depuis 1930 face au petit port de Sidi Bou Saïd depuis les hauteurs de Carthage, sur les fondations de l’ancienne cité punique, puis romaine, et est aujourd’hui l’une des municipalités huppées du Grand Tunis. Plantée dans l’azur méditerranéen, cette villa fut l’unique construction de Le Corbusier (1887-1965) sur le continent africain, que l’architecte franco-suisse n’a jamais vue de ses propres yeux.

C’est en 1927 que Lucien Baizeau, ingénieur et entrepreneur de travaux publics français installé en Tunisie, découvre les constructions modernistes de Le Corbusier à Stuttgart (Allemagne). En 1928, il se rend à l’atelier parisien de l’architecte pour passer commande d’une villa de vacances, qu’il a déjà dessinée et souhaiterait voir adaptée. Il déclinera pourtant la proposition plus radicale et ambitieuse de Le Corbusier, qui annonçait des idées qu’il concrétisera quelques mois plus tard à la villa Savoye, à Poissy (Yvelines). Lucien Baizeau lui demandera plusieurs fois de revoir sa copie, déplorant notamment le manque de protection contre le soleil et le sirocco. Le bras de fer et les contre-propositions se poursuivront jusqu’au bout, puisque, in fine, le commanditaire n’a pas voulu du constructeur de Le Corbusier, se tournant vers ses propres équipes tunisiennes.

Les obstacles se prolongeront après la réalisation de la villa. Car sa construction dans le voisinage immédiat (en contrebas) du palais présidentiel, dans les années 1960, a rendu sa présence gênante pour des raisons de sécurité. Habib Bourguiba, le premier président de la République tunisienne, viendra en personne visiter la villa avant que l’Etat ne la préempte pour l’intégrer au complexe présidentiel. Depuis, le bâtiment, flanqué d’antennes, abrite les services secrets tunisiens et demeure inaccessible au public.

Valeur patrimoniale

Une exposition inédite consacrée à la Villa Baizeau est née de la volonté de l’architecte Chacha Atallah de faire reconnaître, de par son usage et sa localisation, la valeur patrimoniale du bâtiment, qui, malgré les tentatives, n’est pas inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. L’exposition, actuellement visible à l’espace culturel 32Bis – organisée par l’architecte avec le soutien du centre d’art contemporain La Boîte, dirigé par la chercheuse et collectionneuse Fatma Kilani –, est donc un appel du pied en ce sens.

Proposée par l’historien de l’architecture Roberto Gargiani, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse) et professeur invité à l’université de Harvard, elle se révèle passionnante, explorant toutes les facettes du projet jusqu’aux précieux témoignages des seules personnes qui ont réellement vécu, avec bonheur, sur place : les six enfants de l’un des fils Baizeau et sa veuve. L’importante documentation rassemblée devrait appuyer les démarches en vue de la restauration du mystérieux bâtiment et de son accessibilité.

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