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La Semaine du son de l’Unesco, qui se tient jusqu’au 28 janvier, nous invite à tendre l’oreille pour écouter les voix du monde. Il en est une, pourtant, pour laquelle aucun programme ne nous proposera de prêter l’ouïe. Telle est la voix du silence, que nous avions redécouverte le temps d’un long confinement qu’imposait une pandémie, et qui revient ces jours-ci avec la neige.

Car justement, la neige est à l’image même du silence, pellicule délicate qui enveloppe le monde et ne se révèle que parce que, tels les sons, des empreintes d’oiseaux en cisèlent la surface. Le silence est plus proche du plein que du vide, de la présence que de l’absence. Aussi nous permet-il de nous retrouver.

Mais notre mode de vie est agité et consumériste, et donc immanquablement bruyant. La pollution sonore que nous engendrons, immatérielle, mal quantifiable mais désormais omniprésente, sauf lorsque la neige nous immobilise, malmène l’ensemble du vivant. L’anthropophonie dont nous sommes les compositeurs mal inspirés nous empoisonne autant qu’elle corrompt les univers relationnels dont s’anime le monde.

Le bruit présent de la mer au ciel

Pis encore, nous sommes entrés dans l’ère du thorivocène, [du grec thoryvos pour « bruit »] cette ère du bruit selon laquelle tout devient invivable. En région parisienne, 70 % des habitants se déclarent dérangés par les bruits extérieurs lorsqu’ils se reposent chez eux. Partout s’élèvent les rumeurs malmenantes du trafic routier, des manufactures et des industries, des chantiers de construction et des ballets aériens.

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La vie a besoin d’une pellicule de silence pour se révéler, pour faire signe, pour que s’instaure une trame relationnelle. Il lui faut cette toile blanche pour y répandre ses figures et les révéler. Une étude menée en 2017 aux Etats-Unis révélait que dans près des deux tiers des espaces protégés, les bruits issus d’activités humaines recouvraient le niveau sonore de base des écosystèmes. Telle est cette lie noire qui se dépose sur le monde et l’enlaidit tant qu’il ne se reconnaît plus lui-même.

En mer, les repères sonores, les seuls qui dessinent un relief dans un espace uniforme, sont arasés par les bruits de la marine marchande. L’intensité sonore y double tous les dix ans. Les baleines s’y perdent et, désorientées, échouent parfois sur les plages. Des bélugas et des rorquals égarés s’aventurent désormais dans l’estuaire de la Seine. Les poissons, quels qu’ils soient, sont soumis au stress de ne plus être à même de s’entendre : leurs claquements de bec, grincements de dents, frottements de nageoires et stridulations des ouïes se perdent dans le néant. L’océan ne s’entend plus.

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