Histoires Web dimanche, février 22

En janvier, dans une tribune au Monde, Marc Billaud et Pierre Sujobert forgeaient l’expression « cancer backlash » (« retour de bâton sur le cancer ») pour qualifier l’offensive idéologique qui accompagne, ces derniers mois, l’entreprise de démolition des normes de protection de l’environnement et de la santé publique. Comme l’expliquent ce chercheur en cancérologie (CNRS, Centre de recherche en cancérologie de Lyon) et ce professeur de médecine (université Lyon-I, Hospices civils de Lyon), le cancer backlash réduit la maladie aux comportements individuels, et la naturalise en la dépolitisant.

L’augmentation de son incidence serait principalement liée à la consommation de tabac et d’alcool et à l’allongement de l’espérance de vie. Sans oublier ce satané hasard. Tout le reste – les déterminants socio-économiques, la dégradation de l’environnement, les réglementations laxistes ou absentes – ne serait que distraction. Le cancer backlash est le compagnon rêvé des responsables politiques et des industriels à la recherche de cautions scientifiques déculpabilisantes, et ces jours-ci la demande est forte.

Ce discours n’a pourtant de la science que l’apparat. A bien des égards, il présente de nombreuses analogies avec la campagne climatosceptique qui s’est déployée après la remise du quatrième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, en 2007. Dans les deux cas, l’accroissement des connaissances déclenche le même genre de contre-discours, souvent porté par des scientifiques ou médecins s’exprimant hors de leur champ d’expertise.

A chaque fois est répercuté dans l’espace public un mélange de contrevérités, d’omissions et de sophismes, le tout accompagné de vibrants plaidoyers pour la rigueur, la science, etc. C’est l’une des singularités de l’époque : le mensonge est commis au nom de la lutte contre le mensonge. Et à chaque fois, les chercheurs spécialistes de leur sujet, qui s’engagent, sont affublés des mêmes qualificatifs : « militants », « marchands de peur », etc. A droite ou à l’extrême droite, les journaux qui propagent aujourd’hui la rhétorique du cancer backlash sont ceux qui alimentaient le climatoscepticisme il y a quinze ans.

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