
Livre. Cela a été dit et répété : sur le troublant réseau social Moltbook réservé aux agents d’intelligence artificielle, qui a surgi de nulle part en janvier, les participants ne font que singer la sociabilité des êtres humains. Il ne faut donc pas s’étonner que très vite ces robots aient décidé d’inventer leur propre Eglise, le « crustafarianisme » – ou Eglise du homard. Quoi de plus humain ?
Quel que soit le continent, la religion fait partie de la vie. Philosophes, historiens, anthropologues débattent depuis longtemps de cette propension qu’ont les individus à se retrouver dans une même communion spirituelle. Mais les économistes, sauf exception (Adam Smith, par exemple), ont généralement peu d’appétit pour ce phénomène. Une incongruité : les Eglises ne sont-elles pas des entreprises comme les autres, qui doivent se financer, survivre, concurrencer d’autres groupes, attirer le chaland ?
Le Franco-Britannique Paul Seabright, professeur à la Toulouse School of Economics, a décidé d’explorer cet angle mort de sa discipline. Dans La Divine Economie (Markus Haller, 572 pages, 28 euros), un ouvrage foisonnant, il aborde la religion avec ses outils d’analyse – l’offre, la demande, la concurrence, le rapport coût-bénéfice, les marques, le management, etc. –, mais aussi avec le renfort de l’histoire, de la sociologie et de son expérience personnelle. Dans ce livre dopé à la curiosité intellectuelle, l’auteur se pose une multitude de questions, qu’il élucide une par une, au fil de son enquête : à quels besoins (très divers) répondent les religions ? Pourquoi sont-elles florissantes dans certaines régions et déclinantes dans d’autres, comme en Occident ? Pourquoi versent-elles souvent dans l’autoritarisme ?…
Systèmes de franchise
Paul Seabright part du constat que la religion est un business. Et pas un petit : selon une étude de 2016, les revenus des religions aux Etats-Unis ont atteint 378 milliards de dollars par an (318 milliards d’euros environ), soit 60 % du chiffre d’affaires du secteur du divertissement et des médias ! Puis il cherche à définir les contours de cette activité. De natures très variées, les Eglises doivent être, dit-il, pensées comme des « plateformes » qui produisent des services matériels (rencontres, entraide, éducation…) ou spirituels. Il n’est pas déraisonnable d’appliquer aux cultes l’adage employé à l’endroit des plateformes numériques : « Si c’est gratuit, c’est vous le produit. »
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