Alors que certains, effarés qu’un leader de la gauche français puisse multiplier les « dérapages » sur les juifs, se posaient encore la question de savoir si Jean-Luc Mélenchon est ou non antisémite, les dernières saillies du chef de file de La France insoumise (LFI) sur des noms à consonance juive achèvent de lever le moindre doute. L’homme pour qui Jésus aurait été crucifié « par ses propres compatriotes », qui a accusé Yaël Braun-Pivet d’avoir été « camper à Tel-Aviv pour encourager le massacre » à Gaza, et dont l’organisation a publié une affiche de Cyril Hanouna reprenant l’iconographie nazie, avait déjà sévi dans différents registres tragiquement connus et cohérents.

Cette fois, M. Mélenchon, qui se pique de connaître l’histoire, a actionné le vecteur d’antisémitisme le plus profondément enraciné dans l’histoire de notre pays. D’Edouard Drumont, auteur du pamphlet antisémite La France juive (1886) à Jean-Marie Le Pen en passant par l’écrivain Louis-Ferdinand Céline ou le député d’extrême droite Xavier Vallat, les noms juifs sont, depuis près d’un siècle et demi, au centre des obsessions antisémites.

Tous ces personnages ont passé beaucoup de temps à traquer ces noms, à les recenser, à les moquer et à les prononcer de façon à en souligner les origines étrangères, notamment allemande. « La question des noms est (…) une dimension centrale de l’antisémitisme [de Drumont], explique l’historien Gérard Noiriel dans Le Venin dans la plume (La Découverte 2021). Dans ses écrits, il n’a cessé de déplorer la multiplication des “noms juifs” qui s’imposent au détriment de ceux qui fleurent bon la vieille France. »

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Pour contourner l’obstacle à la stigmatisation qui veut qu’une personne juive ne se reconnaisse pas à sa couleur de peau ou à son visage, ils ont inventé des caractéristiques physiques prétendument biologiques. Mais ils ont aussi cherché à reconnaître les juifs par leur nom, soit que ces patronymes signent en eux-mêmes leurs origines, soit que leur modification, notamment leur francisation, traduise selon eux une volonté de dissimulation. L’anthropologue Nicole Lapierre, dans Changer de nom (Stock, 1995) analyse cette « cristallisation antisémite sur le nom », celui-ci étant « identifié comme marque quand il est distinctif ou dénoncé comme “masque” quand il ne l’est pas, mais dans l’un et l’autre cas, [est un] objet de discrimination et de délation ».

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