Il aura donc fallu attendre plus de soixante ans pour que la défiance du général de Gaulle envers les Américains débouche sur une proposition allant dans le sens d’une certaine indépendance de l’Europe vis-à-vis des Etats-Unis dans le domaine du nucléaire. Pour être exact, rappelons cependant qu’une première tentative avait déjà existé avant la présidence de De Gaulle : en 1957, la France, l’Allemagne et l’Italie avaient discuté d’un projet d’accord visant à bâtir une politique nucléaire commune. Mais l’opposition américaine avait dissuadé l’Allemagne et l’Italie de se joindre au projet, qui n’a finalement pas vu le jour.

Aujourd’hui, le comportement inconsidéré et imprévisible de Trump ainsi que l’agressivité croissante de Poutine poussent Macron à proposer un renforcement de la collaboration entre les partenaires européens, non seulement dans le domaine de l’armement traditionnel, mais aussi dans le champ délicat du nucléaire et des technologies qui l’entourent.

Certes, il ne s’agit pas d’une révolution : le projet exclut toute participation des pays alliés aux grandes décisions concernant l’usage de l’arme nucléaire, qui demeure totalement sous le contrôle et la responsabilité du président français. Concrètement, le bouton nucléaire reste à Paris et, pour le moment du moins, Macron n’envisage ni stratégie ni budget communs pour la gestion de l’arsenal nucléaire français – qu’il entend renforcer pour le rapprocher du niveau de l’arsenal russe, cinq fois supérieur à celui de la France.

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Si l’on ne peut parler de révolution, il s’agit néanmoins d’un premier pas fondamental vers une défense européenne commune. En effet, allant au-delà de la traditionnelle doctrine française, le dialogue stratégique qui s’est engagé avec les partenaires européens ouvre la voie à une collaboration dans le domaine de la dissuasion nucléaire et prévoit la possibilité de poster temporairement des avions dotés d’armements nucléaires dans des pays alliés – en revanche, leur déploiement permanent hors de France demeure exclu. Ces perspectives ont aussitôt été applaudies par sept pays membres de l’Union européenne [mais pas par l’Italie], notamment par le gouvernement polonais et le chancelier allemand, qui propose pour sa part de créer un groupe de travail commun sur le nucléaire.

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