Le chef de l’Etat ukrainien, Volodymyr Zelensky, a accordé un entretien au Monde, mardi 24 mars, au siège de la présidence sous haute sécurité, à Kiev. La rencontre s’est tenue alors que la Russie menait une campagne de frappes d’ampleur avec des centaines de drones Shahed. Dans ce contexte, le président, vêtu de noir, le visage marqué par les quatre années de guerre et le regard intense, est resté d’une concentration constante, ne laissant paraître que rarement une expression de détente.
L’entretien s’est tenu alors que l’Ukraine se trouve à un moment particulièrement délicat, un mois après le déclenchement d’une nouvelle guerre au Moyen-Orient susceptible de détourner l’attention de ses partenaires et alors que les négociations de paix sont dans l’impasse.
Vous vous êtes inquiétés, ces dernières semaines, des conséquences pour l’Ukraine de la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran. Quelles sont-elles ?
Nous devons tous nous mobiliser, quand je dis nous, c’est toute l’Europe et pas seulement l’Ukraine, parce que la guerre au Moyen-Orient détourne l’attention, c’est absolument évident. Et en détournant l’attention, elle nous fait passer au second plan des priorités, d’autant plus que c’est une guerre à laquelle participent les Etats-Unis, qui, pendant longtemps, ont été le principal donateur de l’Ukraine, puis son principal fournisseur d’armes, grâce à l’aide financière des Européens.
Alors, naturellement, tout ce qui est utilisé au Moyen-Orient pendant cette guerre, ainsi que tout ce qui est utilisé par les alliés de Washington – par les dirigeants et les pays de la région pour se protéger des frappes du régime iranien –, tout cela fait partie d’un paquet d’armes que possèdent les Etats-Unis. Ils donnent ou vendent ces armes, mais les capacités de production américaines, elles, sont restées au même niveau. Ainsi, lorsque nous parlons de priorités – la protection de notre ciel, de nos infrastructures critiques et, avant tout, de notre population civile (car la défense aérienne sert d’abord à protéger les civils, même si elle est évidemment utilisée au front), nous ne savons pas aujourd’hui ce qu’il en sera à l’avenir.
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