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La question de l’immigration est longtemps restée un angle mort du mandat pourtant riche en réformes structurelles du président des Etats-Unis, Joe Biden. Cet immobilisme s’explique sans doute par des divergences internes démocrates et surtout par l’absence de consensus entre les deux grands partis représentés au Congrès. Alors que les chiffres des entrées illégales ont atteint un sommet historique en décembre, Joe Biden s’est résigné à tenter d’y apporter des réponses. Le président espère en contrepartie un accord des élus républicains pour une nouvelle tranche d’aide militaire au bénéfice de l’Ukraine.

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Pour parvenir à ses fins, Joe Biden a accepté de durcir ses positions. Le projet de compromis en cours de rédaction au Sénat par des élus des deux camps prévoit ainsi une augmentation importante des effectifs des agents chargés de la police des frontières, celle des capacités dans les centres de rétention, l’accélération des procédures d’examen des demandes d’asile, ou encore l’augmentation des moyens pour les expulsions des personnes recalées.

Joe Biden a également renoncé à demander des régularisations, y compris au bénéfice des migrants arrivés illégalement sur le sol des Etats-Unis alors qu’ils étaient mineurs et qui sont depuis parfaitement intégrés dans la société américaine. Il s’agissait jusqu’à présent d’une demande constante du camp démocrate.

Un tel accord bipartisan, s’il était adopté, constituerait une percée après des décennies de blocage qui ont privé les Etats-Unis d’une législation adaptée à l’enjeu que représente la hausse considérable des entrées illégales. Le dernier accord conclu au Sénat avec le concours de huit élus républicains sous une présidence démocrate, en 2013, avait été ensuite bloqué par la Chambre des représentants alors contrôlée par le Grand Old Party, car jugé pas assez restrictif.

Dérive républicaine

Tout porte à croire que l’épisode pourrait se répéter du fait de l’activisme d’un homme qui aime pourtant se présenter comme le champion de la lutte contre l’immigration : Donald Trump. Ce dernier pèse en effet de tout son poids pour faire échouer ce compromis qui permettrait cependant de réduire drastiquement les entrées illégales. A moins de dix mois de l’élection présidentielle, l’ancien homme d’affaires préfère infliger un échec à son probable futur adversaire de novembre plutôt que de voir se mettre en place des mesures conformes à ce qu’il réclame.

Rien de surprenant de la part d’un ancien président qui semblait au début du mois indifférent à la perspective d’une crise économique à condition qu’elle se produise avant son éventuel retour à la Maison Blanche. Cette politique du pire assumée est d’autant plus facile à mettre en pratique que la courte majorité républicaine à la Chambre des représentants en fait l’otage d’une vingtaine d’élus trumpistes.

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La dérive républicaine ne s’arrête pas là. Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a en effet décidé de rester sourd à une décision de la Cour suprême, pourtant très majoritairement conservatrice, autorisant le démantèlement de barbelés installés par ses services à la frontière avec le Mexique. Ces barbelés empêchent en effet son accès à la police fédérale des frontières dont c’est la prérogative. En plaçant la souveraineté du Texas au-dessus de celle de l’Etat fédéral, sous les applaudissements de Donald Trump, le gouverneur affaiblit dangereusement son pays.

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Le Monde

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