Umberto Bossi, après une rencontre avec le président italien, Giorgio Napolitano, à Rome, le 7 mai 2008.

C’est un rituel qu’il a suivi pendant des années, été comme hiver, tant que sa santé le lui a permis. Deux à trois fois par semaine, vers 20 heures, dans le centre de Rome, Umberto Bossi venait s’asseoir seul à la terrasse d’un café de la place Navone, face à la splendide fontaine des Quatre-Fleuves, bâtie par Bernin. Là il commandait un Coca-Cola, allumait un cigarillo – un toscan – et goûtait un moment de tranquillité, au milieu des touristes. Le risque d’être dérangé était négligeable : ici, personne ou presque n’était italien, alors qui pouvait bien le reconnaître ?

Cette petite habitude aurait quelque chose de dérisoire si elle n’était, en même temps, comme le résumé de toute une vie. Entré en politique pour combattre l’influence corruptrice de « Roma ladrona » (« Rome la voleuse ») et conquérir l’autonomie du nord du pays, cette Padanie mythifiée qui n’avait, selon lui, rien de méridional, le vieil homme avait fini par se rendre, conquis imperceptiblement, au fil du temps, par la douceur de la vie romaine et la profondeur infinie de ses beautés.

Fondateur de la Ligue du Nord, parlementaire pendant plus de trois décennies et plusieurs fois ministre, Umberto Bossi était un pilier de la « deuxième république » italienne, ce système politique né dans les années 1990 sur les décombres de la démocratie chrétienne. Il est mort, jeudi 19 mars, à l’hôpital de Varèse (Lombardie), à l’âge de 84 ans. Affaibli par plusieurs attaques et discrédité par les affaires, il n’exerçait plus, depuis son départ de direction de la Ligue du Nord, en 2012, qu’un vague magistère symbolique sur le parti désormais dirigé par Matteo Salvini et rebaptisé la Ligue.

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