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Des frères Taviani, Paolo était le plus jeune, celui auquel aura échu la lourde tâche de survivre à son aîné, Vittorio, mort le 15 avril 2018, avant de le rejoindre jeudi 29 février 2024, des suites d’une « brève maladie », à l’âge de 92 ans. Ce binôme d’inséparables cinéastes toscans, entité bicéphale fondue sous un même patronyme, écrivit une page importante du cinéma moderne italien, avec une œuvre d’une vingtaine de longs-métrages née dans le bouillonnement intellectuel et artistique des années 1960.

Figures de la gauche marxiste, ils incarnèrent la persistance d’une idée, celle d’un art engagé et poétique, capable de réfléchir l’histoire et ses conflictualités politiques, y compris quand la production transalpine traversait une zone de turbulences à la fin des années 1970, puis dans le désert des années 1980, laminées par la télévision berlusconienne.

Paolo Taviani naît deux ans après Vittorio, le 8 novembre 1931, dans la petite ville toscane de San Miniato. Après la guerre, ils étudient à Pise et animent le ciné-club local, saisis au vif par Païsa (1946), de Roberto Rossellini, chronique de la résistance et fleuron du néoréalisme. La paire est d’abord un trio, les frères faisant leurs premiers pas au côté du metteur en scène pisan Valentino Orsini (1926-2001). Avec lui, ils montent des pièces de théâtre militant, puis passent au documentaire, avec San Miniato, Luglio, 1944 (1954), sur des massacres commis par les Allemands dans leur ville natale, cosigné par Cesare Zavattini, le scénariste pape du néoréalisme. Ils en tourneront sept, jusqu’au début des années 1960, avant de passer au long-métrage.

Le premier film des Taviani sans Orsini, Les Subversifs (1967), annonçant la contestation étudiante à venir, sonde la tourmente idéologique de l’époque, en imaginant la réaction de quatre jeunes personnages aux funérailles de Palmiro Togliatti, membre fondateur du Parti communiste italien. Avec Saint Michel avait un coq (1971), d’après Tolstoï, ils livrent une réflexion sur les limites de l’utopie. Le film inaugure en outre une série d’adaptations littéraires, qui passeront par Luigi Pirandello (Kaos, contes siciliens, en 1984, Kaos II, en 1998), Goethe, avec leur version des Affinités électives, en 1996, et encore Tolstoï (Le Soleil même la nuit, 1989).

Une décennie faste

Leur penchant pour l’allégorie historique se prononce avec Allonsanfan (1974), où Marcello Mastroianni dans la peau d’un aristocrate lombard pendant la Restauration italienne, en 1816, s’emploie à des activités anarchistes, qui l’exposent doublement, du côté du pouvoir comme de ses camarades révoltés.

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