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Histoires Web mercredi, avril 24
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Il y a des seuils invisibles que l’on franchit d’un bond. C’est ainsi qu’un soir, au Théâtre de la Ville, à Paris, le chorégraphe japonais Ushio Amagatsu nous a donné les clés pour pénétrer dans son univers. Mains lancées telles des antennes, déhanché léger, regard lointain sous son maquillage blanc, il progressait vers une ligne imaginaire, celle qui sépare le spectacle du rituel, la représentation de l’expérience, la contemplation de la révélation. D’un coup, le mystère du geste, de soi et du vivant nous a emporté. Ensuite, chaque passage de l’artiste et maître japonais, fondateur, en 1975, de la compagnie uniquement composée d’hommes Sankai Juku (« l’atelier de la montagne et de la mer »), a été l’occasion d’un rendez-vous avec des forces invisibles.

Lire l’archive (2019) | Article réservé à nos abonnés Danse : le buto organique de Sankai Juku

Ushio Amagatsu (de son vrai nom Masakazu Ueshima) est mort le 25 mars, chez lui, dans la ville de Yugawara, à 100 kilomètres de Tokyo, des suites d’un cancer. La dernière fois qu’on eut la chance de le rencontrer, c’était en avril 2019 à Kitakyushu, sur l’île de Kyushu, pour la création d’Arc, à l’affiche, le même mois, du Théâtre des Champs-Elysées, à Paris. Cette pièce avait été retardée d’un an pour cause de maladie : Ushio Amagatsu avait subi une opération fin 2017. Pour la première fois depuis 1975, il n’était pas au cœur de sa troupe sur scène, mais continuait néanmoins de chorégraphier.

Son ultime création, intitulée Totem, a été jouée en mars 2023 au Japon. Elle complète une œuvre immense composée de plus d’une vingtaine de spectacles, tous articulés autour de sept tableaux, et d’une durée d’une heure et vingt-cinq minutes. Tous, entre sable et eau, cendre et sang, creusent un « dialogue avec la gravité » (titre de son livre publié chez Actes Sud), cherchant, comme le rappelaient les balances sur le plateau d’Arc, « l’oscillation perpétuelle de toute chose dans sa recherche d’équilibre », selon les mots du chorégraphe.

Quête d’un art existentiel viscéral et sauvage

Ushio Amagatsu est né le 31 décembre 1949. Il aimait raconter que ses parents n’avaient pas changé la sienne, contrairement à certains Japonais qui modifient la date de naissance, préférant voir leur enfant naître le 1er janvier, signe d’un nouveau départ. Il a grandi au bord de la plage de Yokosuka, sa ville natale, située sur la péninsule de Miura, au sud de Tokyo. La mer berce son œuvre et alimente le ressac de son mouvement. Lorsqu’il met en scène sa pièce signature et chef-d’œuvre, Kinkan Shonen (Graine de Cumquat, 1978), il racontait, en 2014, qu’elle était « directement inspirée par ce moment de son existence ».

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