Avec son petit chapeau à bord étroit et sa physionomie dépourvue de trait particulier, le détective Jimmy « Popeye » Doyle n’avait pas vocation à accéder au panthéon des policiers de cinéma, aux côtés de l’inspecteur Harry ou de son collègue du New York Police Department, Serpico. Mais voilà, Popeye Doyle était propulsé par une rage, un cynisme et une violence qui imprimèrent à jamais l’écran. Si bien que Gene Hackman, à qui avait échu le premier rôle de French Connection (après que les producteurs eurent renoncé à Paul Newman et Steve McQueen, trop chers), le créateur de ce personnage ordinaire et monstrueux, devint du jour au lendemain l’un des acteurs les plus recherchés du cinéma américain, qui vivait à l’époque – on était en 1971 – sous le régime du Nouvel Hollywood. Lequel lui ouvre officiellement ses rangs en lui attribuant l’Oscar du meilleur acteur.
Les spectateurs attentifs l’avaient déjà repéré dans Bonnie and Clyde, d’Arthur Penn, quatre ans plus tôt. Il y incarnait le frère de Clyde Barrow, Buck, avec assez d’intensité et de nuance, de la bonhomie à la folie, pour être nommé à l’Oscar du second rôle. En 1967, Gene Hackman avait déjà 37 ans, plus que les jeunes gens aux physiques peu conventionnels qui émergeaient alors – Dustin Hoffman, Jack Nicholson ou, un peu plus tard, Robert De Niro. Non seulement, il n’avait pas un physique de jeune premier, mais une calvitie précoce faisait croire qu’il appartenait à une autre génération.
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