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Histoires Web mardi, mars 5
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Spécialiste de l’étude du conte populaire, de son analyse morphologique à sa lecture à la lumière de l’interdisciplinarité, Catherine Velay-Vallantin a été retrouvée morte à son domicile parisien mardi 23 janvier. Elle avait 73 ans.

Issue d’une famille de Lozère – ce qui nourrit son intérêt pour la bête du Gévaudan dès ses premières recherches –, elle est toutefois née à Paris le 25 juillet 1950. Si elle fit toute sa carrière au sein de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) – cheffe de travaux dès 1974, membre du Centre de recherches historiques, élue maîtresse de conférences en 1990, avant d’intégrer le Centre de recherches sur les arts et le langage –, elle y était en terrain connu. Son père, Louis Velay (1920-1975), était secrétaire général de la VIe section de l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) avant qu’elle ne devienne l’EHESS, en 1975, et qu’il en soit l’administrateur.

Elève au lycée Victor-Duruy, Catherine Velay poursuit des études de lettres à la Sorbonne, présente l’agrégation et entreprend une thèse sur les « éléments populaires » dans les romans de Voltaire. Elle amorce son étude du conte par l’analyse morphologique, aux côtés du sémiologue Claude Bremond (1929-2021) – elle signe avec lui et le médiéviste Jacques Berlioz une anthologie raisonnée, Formes médiévales du conte merveilleux (Stock, 1989), un indice de son ouverture à l’interdisciplinarité.

Rituels savants et populaires

En empruntant les voies ouvertes naguère par l’historien Robert Mandrou (1921-1984) avec De la culture populaire aux XVIIe et XVIIIe siècles. La Bibliothèque bleue de Troyes (1964), elle axe ses recherches sur la place du conte dans la « Bibliothèque bleue » et le colportage européen. Et contre la vision d’un patrimoine traditionnel immuable, elle s’attache à l’analyse des créations des contes et aux transformations, narratives comme textuelles, qui les affectent. Sensibilisée par Roger Chartier à l’histoire culturelle et à l’histoire du livre, attachée aux travaux de Louis Marin sur la notion de « représentation », Catherine Velay-Vallantin focalise bientôt ses réflexions sur les investissements idéologiques et socioculturels qui confèrent à la littérature orale sa part mouvante d’intelligibilité. Ce qui l’amène à dévoiler les solidarités et les oppositions entre contes oraux, contes écrits, contes mis en scène, et rituels savants et populaires.

Son dernier maître ouvrage, Fortunatus. Itinéraire d’un roman protestant dans la librairie des XVIIe et XVIIIsiècles (Garnier, 2023), étudie la fortune d’un roman paru à Augsbourg en 1509, dont le succès atteste les conquêtes idéologiques et territoriales de la Réforme, jusqu’à esquisser une internationale calviniste à travers l’Europe. Roger Chartier, qui a préfacé l’ouvrage, souligne cette singularité à associer approches ethnographiques et histoire des cultures écrites : « Chacune de ses études de cas, ou de contes, suivait la trajectoire d’un “même” conte depuis les répertoires mentionnant ses versions orales, recueillies par les folkloristes, ses premières rédactions médiévales (en latin ou en langue vulgaire), ses publications imprimées, avant ou après son entrée en “littérature”, lorsque le conte devient récit lettré et est réécrit comme nouvelle, roman, livre pour la jeunesse ou pièce de théâtre. »

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