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Au cours de sa conférence de presse du 16 janvier, le président Emmanuel Macron a commenté les propos de la ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des Jeux olympiques et paralympiques, Amélie Oudéa-Castéra, justifiant son choix du collège Stanislas pour l’éducation de ses enfants en faisant allusion à un article de Jean Jaurès (1859-1914) publié par La Petite République le 12 octobre 1901. « Je ne peux pas plus qu’un autre trancher avec le glaive les problèmes compliqués qu’impose la vie », écrit ce dernier dans cet article qui se réfère à la polémique sur la communion de sa fille, Madeleine.

La comparaison ne peut pas aller trop loin : Jean Jaurès discute d’un choix de conscience qui appartient aux débats du temps. Au sortir de l’affaire Dreyfus, encore inachevée, l’époque est marquée par de grandes luttes laïques et anticléricales auxquelles participent Jaurès et les socialistes. Après la « défense républicaine » (1899-1902) menée par Pierre Waldeck-Rousseau (1846-1904), ces luttes se prolongent sous la « campagne laïque » du gouvernement d’Emile Combes (1902-1905) et aboutissent, à la fin de l’année 1905, à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat.

Sur un autre plan

Il va de soi que Jaurès est un acteur-clé de ces combats pour l’école laïque. Il va aussi de soi qu’il n’est nul besoin de faire l’apologie de toutes les décisions et de tous les aspects de cette campagne laïque. Mais il faut en prendre la mesure, voir ce qu’elle a signifié, et la prolonger intelligemment en la respectant et en menant les combats adaptés.

C’est ce qu’explique Edouard Vaillant (1840-1915) en 1907 : « Nous avons été anticléricaux (…) mais le jour où le cléricalisme ne nous gêne plus, le jour où l’Etat a été sevré de cette force auxiliaire, évidemment, la question ne nous a plus préoccupés », déclare-t-il au congrès socialiste de Nancy. La priorité passe alors à d’autres sujets – les questions sociales, la lutte contre le militarisme et le danger de guerre.

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En 1901, Jean Jaurès était critiqué par des militants parce que, après avoir été marié civilement et religieusement et avoir fait baptiser ses enfants, il avait laissé faire cette communion. C’est la part d’intimité, de « commune humanité » comme il le dit, qui préside alors à son choix.

Les déclarations de la ministre Amélie Oudéa-Castéra se situent sur un autre plan : il ne s’agit pas de « libre choix » ou de « liberté d’enseignement », comme celle-ci l’a parfois prétendu depuis lors. Rappelons au passage que, contrairement à ce qu’a indiqué la ministre, la liberté d’enseignement ne date pas de la loi Debré (1959), qui en fixe les modalités générales d’application actuelles, toujours susceptibles d’évolutions, mais qu’elle remonte en France au moins à la loi Falloux (1850). Est-il permis de dire que s’il est bon d’apprendre La Marseillaise aux enfants, on pourrait souhaiter aussi que les ministres aient des connaissances minimales sur l’histoire et la culture des domaines dont ils reçoivent la charge ?

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