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Il faut du temps pour se défaire d’une emprise ; cela vaut pour les personnes comme pour les collectivités humaines. Après des années de déni, des serviteurs de l’Etat s’accordent désormais sur le nom du mal dont souffre la Corse : la « mafia ». Ce débat sémantique n’a rien d’anodin. Ne pas désigner correctement le phénomène de violence qui étouffe ce morceau de territoire national, c’est accepter que l’île soit soumise au non-droit, c’est abandonner sa population et faire perdurer l’illusion d’une autorité incontestée de l’Etat.

Le premier coup de semonce est venu de Nicolas Bessone, procureur de la République de Marseille et chef, à ce titre, de la juridiction chargée de lutter contre le crime organisé pour la région Sud-Est et la Corse. Le 7 février, à peine nommé, il déclare publiquement : « Il y a une mafia en Corse, il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Je crois que ne pas dire les choses, c’est le début des problèmes. » C’est la première fois qu’un procureur de Marseille désigne ainsi ouvertement son ennemi.

Le 15 février, Arnaud Vieules, nouveau coordonnateur pour la sécurité en Corse, bras droit du préfet de région, à Ajaccio, s’adressait à la société corse grâce aux médias locaux : « Le cœur de ma mission, c’est la criminalité organisée, on peut lui donner le nom de “mafia”. (…) Elle rompt le lien social entre les gens, et quand l’Etat de droit est bafoué, c’est la loi du plus fort [qui s’impose]. (…) Ce territoire a le droit, comme n’importe quel autre, à l’égalité entre citoyens. »

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Le lendemain, dans un entretien au quotidien Corse Matin, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, ajoutait : « Oui, il existe des mafias en Corse, concentrées autour de la drogue ; les coups durs que nous leur portons sont essentiels pour la République et pour l’île. » Le propos distingue certes plusieurs types de mafias, ce qui peut être débattu, mais, venant du chef de ce ministère régalien, il place, enfin, le curseur au niveau adéquat, celui d’une politique publique. Car seul l’Etat est en mesure d’opposer une violence légitime à celle de la mafia.

Composante inaliénable

Le pouvoir mafieux corse est encore jeune, ce qui en complique la compréhension. L’emprise du monde criminel sur les sphères politique et économique de l’île remonte aux années 1984-1985, alors que les fondations des mafias sicilienne ou napolitaine émergent dès la fin du XIXe siècle. Il a imposé des règles non dites, et s’y opposer peut coûter cher, car la mafia exerce sa violence sur l’ensemble de la société. La liste des victimes d’assassinat, en Corse, compte des voyous, mais aussi des hauts fonctionnaires territoriaux, des commerçants, des avocats, des maires ou encore des présidents de chambres d’agriculture ou de commerce et d’industrie (CCI).

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