Jamie Dimon, le patron de J.P. Morgan, avait raison. « Quand on voit un cafard, c’est qu’il y en a probablement d’autres. » Sa parabole de l’automne 2025 était censée illustrer la dégradation de la situation du marché du crédit privé aux Etats-Unis après deux faillites retentissantes. Des défaillances qui en annonceraient d’autres, plus nombreuses, plus douloureuses. Six mois plus tard, les « cafards » sont de plus en plus visibles. Parmi les nombreuses conséquences de la guerre au Moyen-Orient, l’une des moins visibles pourrait être l’éclatement de cette crise du crédit privé qui est en train de couver. Ainsi, 63 % des gestionnaires de fonds internationaux interrogés par Bank of America identifient le sujet comme la source la plus probable d’un prochain événement systémique.
Le crédit privé est une forme de financement par endettement fourni par des prêteurs non bancaires directement à des entreprises, en dehors des marchés obligataires publics et du système de crédit traditionnel. Son développement découle des choix opérés après la crise de 2008. A mesure que les banques se retiraient des financements risqués sous l’effet d’une régulation plus stricte, de nouveaux acteurs spécialisés ont émergé, prêtant massivement à des entreprises de taille intermédiaire, avec des structures de dette complexes, peu liquides et faiblement encadrées juridiquement. Le succès a été fulgurant, porté par des taux d’intérêt bas et une abondance de capitaux. Le marché a ainsi quadruplé depuis 2010 pour dépasser 2 000 milliards de dollars (1 730 milliards d’euros).
La fragilité actuelle repose sur le fait que les gestionnaires de fonds ont bâti un modèle intrinsèquement instable. Les actifs qu’ils détiennent sont illiquides, négociés de gré à gré et difficiles à valoriser, tandis que les engagements pris envers les investisseurs laissent croire à davantage de souplesse. Tant que la collecte progresse, l’illusion tient. Dès que les sorties s’accélèrent, elle se dissipe brutalement.
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