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L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

Un jeune cinéaste russe, venu du documentaire, Ilya Povolotsky, a marqué les esprits à Cannes, en mai 2023. Non pas seulement parce qu’il a dénoncé l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mais aussi parce que son premier long-métrage de fiction, La Grâce, sélectionné à la Quinzaine des cinéastes, a révélé une écriture magnifiquement fragmentée, comme si à l’intérieur de ce faux road-movie circulait une onde souterraine, charriant des personnages fantômes qui ne font que passer. Ou qui n’apparaîtront jamais, parce qu’ils sont déjà morts. D’abord autoproduit, La Grâce a reçu le soutien d’un producteur russe indépendant, Ivan Nechaev. Le réalisateur trentenaire vit actuellement à Paris, où il prépare son prochain « long » avec des producteurs français.

Lire la rencontre (à Cannes) : Article réservé à nos abonnés Ilya Povolotsky, cinéaste russe hors frontières

Un père (Gela Chitava) et sa fille adolescente (Maria Lukyanova), qui ne seront jamais nommés, traversent la Russie à bord d’un van, du sud au nord, depuis une république du Caucase, la Kabardino-Balkarie. On ne connaît pas les motifs de leur périple, si ce n’est qu’ils se dirigent vers la mer de Barents, et que le silence devient pesant entre l’homme au volant et la jeune passagère au regard buté. Elle n’en peut plus de cette vie où elle se gèle au bord de la route, mange sur le pouce, et n’apprécie pas de voir des femmes rejoindre son père à bord du véhicule pendant qu’elle patiente dehors. A l’une d’elles elle demandera une serviette pour éponger le flux de ses règles. Toutes les relations sont pragmatiques, jamais un sourire et tout se monnaie, livres, cassettes VHS…

Ponctuellement, le tandem s’arrête sur un terrain vague pour organiser une projection en plein air. Pendant quelques heures, des habitants surgis de nulle part se rassemblent devant le grand écran, puis se dispersent aussitôt après. Tout le récit est irrigué par ces flux et reflux de spectateurs, comme si le cinéma était un objet subversif, à cacher sous le manteau – d’ailleurs, parmi les maîtres qu’il vénère, Ilya Povolotsky cite le Russe Alexeï Guerman (1938-2013), grand créateur de formes, dont certains films furent interdits. Mais La Grâce nous dit aussi, et ce n’est pas la moindre des beautés de cette œuvre, que le cinéma itinérant permet au père et à la fille de survivre, et de sublimer leur quotidien.

Voyage métaphorique

Le tournage a eu lieu chronologiquement, la pellicule argentique granulant la lumière irisée des premiers couchers de soleil, sur le pare-brise, puis sculptant les tons plus froids de la côte nordique. Tout en captant le réel, le cinéaste n’installe pas moins une certaine étrangeté dans ses plans, montrant son pays comme un immense patchwork de territoires, plus ou moins bien assemblés.

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