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Au Cambodge, l’ONG Equitable Cambodia et l’organisation de défense des droits humains Licadho s’inquiètent des ravages de la microfinance. Elles ont relevé, dans un rapport publié à l’été 2022, que 167 000 habitants surendettés avaient dû vendre leurs terres au cours de ces cinq dernières années pour rembourser leurs emprunts, souvent après avoir subi des intimidations de leurs créanciers. L’encours des prêts dans le secteur atteignait les 16 milliards de dollars (14,88 milliards d’euros) en mars 2023, soit près de la moitié du produit intérieur brut annuel du pays.

Au Pakistan, les derniers chiffres publiés par la banque centrale montrent que les pertes cumulées des institutions de microfinance ont quasi doublé entre 2021 et 2022, passant de 8 milliards à 17 milliards de roupies (30 millions et 72 millions d’euros à l’époque). En juillet 2023, le Fonds monétaire international avait annoncé qu’il « poursuivrait ses efforts pour éliminer les poches de vulnérabilité » de ce secteur au Pakistan, quitte à mettre en œuvre « la sortie ordonnée du marché des institutions non viables ».

Il y a de bonnes raisons de s’inquiéter. D’abord, la hausse mondiale des taux d’intérêt renchérit le coût de ces prêts. En Ethiopie, il a atteint 26 %, le seuil plafond fixé par la banque centrale. Or, dans des pays étouffés par la dette publique et contraints de réduire leurs dépenses sociales, le recours à la microfinance est parfois la seule option pour se nourrir ou se soigner. Entre 2020 et 2023, 165 millions d’habitants de la planète sont tombés sous le seuil de pauvreté. L’inflation galopante pèse sur l’activité des entrepreneurs du secteur informel et complique leur capacité à rembourser. Les microemprunteurs se retrouvent dans la détresse, mais sont ignorés par les bailleurs de fonds.

Lire aussi (2023) : Article réservé à nos abonnés Une crise de la dette inédite frappe les pays pauvres

Curieusement, la Banque mondiale, si prompte à communiquer, ne donne aucune information sur le sort des 150 millions de microemprunteurs. Même le Consultative Group to Assist the Poor, le centre de recherche spécialisé dans l’inclusion financière qu’elle héberge, explique au Monde n’avoir « rien à partager » sur ce sujet. Le dernier rapport annuel de la Banque mondiale sur la dette n’en fait même pas mention ! L’institution se préoccupe davantage de la dette des Etats que de celle des microentrepreneurs. Le sujet est invisible et ne figure donc nulle part à l’agenda international.

Menaces et intimidations

Depuis les travaux des Prix Nobel d’économie Esther Duflo et Abhijit Banerjee, on sait que la microfinance ne sort pas leurs usagers de la pauvreté, et qu’elle n’a pas d’impact sur la santé ou la scolarisation. En dépit de ces résultats mitigés, la Banque mondiale continue d’investir massivement dans la microfinance. Selon les derniers chiffres disponibles, ses encours sont passés de 103,5 milliards à 120,5 milliards de dollars entre 2021 et 2022, malgré les risques élevés.

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