Depuis la condamnation de Marine Le Pen, lundi 31 mars, dans le procès des assistants parlementaires du Front national [devenu Rassemblement national (RN) en 2018], l’élection présidentielle roumaine annulée de novembre 2024 sert de référence à ses partisans pour dénoncer la « tyrannie des juges ». Mardi 1er avril, Jordan Bardella a fait le parallèle entre la peine d’inéligibilité infligée à la candidate annoncée du RN pour la présidentielle de 2027 et la décision de la Cour constitutionnelle roumaine d’annuler le premier tour du scrutin présidentiel remporté par le candidat d’extrême droite prorusse, Calin Georgescu, puis celle de l’empêcher de se représenter à la nouvelle élection, qui aura lieu en mai. Ce dernier est suspecté d’avoir bénéficié du soutien de la Russie pour faire exploser sa popularité sur TikTok.

Lire aussi | L’« internationale réactionnaire » contre les juges

Les juges constitutionnels roumains ont agi bien plus vite et plus fort pour préserver la démocratie roumaine qu’une justice américaine incapable d’éviter le basculement autoritaire décidé par Donald Trump, mais cela s’est fait au prix d’un profond schisme au sein de la société roumaine.

En six mois, la Cour constitutionnelle de Bucarest a pris trois décisions radicales qui ont marqué un basculement de sa jurisprudence. En octobre 2024, elle a d’abord interdit à l’eurodéputée prorusse et ouvertement antisémite Diana Iovanovici Sosoaca de se présenter à la présidentielle, en arguant qu’elle avait « tenu de manière constante un discours antidémocratique et antisémite en contradiction avec les fondamentaux constitutionnels euroatlantiques de la Roumanie ». Pour la première fois depuis la révolution roumaine de 1989, les juges constitutionnels décidaient que leur contrôle de conformité des candidats devait s’étendre à une vérification de la compatibilité des convictions de ces derniers avec la Constitution.

Accusations de malversations

Conduisant, de fait, à exclure tout candidat qui promettrait de rompre avec l’Union européenne (UE), cette jurisprudence avait alors été très critiquée, jusque dans le camp pro-européen. Cela n’a pas empêché la Cour, le 6 décembre, d’annuler tout le scrutin de l’élection présidentielle, deux jours seulement avant le second tour. Elle s’appuyait sur des documents de renseignements indiquant des soupçons d’ingérence étrangère derrière la campagne, menée dans des conditions très douteuses sur TikTok, du candidat Calin Georgescu, étonnamment épargné par la première décision et arrivé en tête du premier tour.

Il vous reste 58.88% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Share.
Exit mobile version