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Histoires Web mercredi, février 21
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Encore largement méconnue en France, la philosophe australienne Val Plumwood (1939-2008) est pourtant l’une des figures majeures de la pensée écologique de la fin du XXe siècle. Seuls l’opuscule Réanimer la nature et l’ouvrage posthume Dans l’œil du crocodile, rassemblant diverses de ses réflexions nées de sa survie miraculeuse à l’attaque d’un crocodile, avaient jusque-là été traduits en français, respectivement par les Presses universitaires de France et les éditions Wildproject. Mais les deux maisons viennent de publier ensemble la première traduction d’un texte majeur de cette pionnière de l’écoféminisme.

Parue initialement en 2002, La Crise écologique de la raison est un ouvrage dense par la taille, la rigueur et l’exigence de la pensée foisonnante de son autrice qui voit dans le rationalisme l’une des sources de la catastrophe écologique actuelle. Sa démonstration est chirurgicale. Nous entraînant dans une longue histoire des idées, elle dissèque les principaux courants philosophiques occidentaux et démontre comment, de l’Antiquité à l’époque moderne, s’est forgé un culte de la raison qui a conduit, paradoxalement, à la crise écologique. Paradoxalement, car cette raison prétend œuvrer au progrès de l’humanité et pouvoir, grâce à la science et à la technologie qu’elle a développées, répondre aux nouveaux défis écologiques qu’elle aurait engendrés.

L’originalité de Plumwood n’est pas tant de revenir sur la singularité occidentale du dualisme nature-culture ; ce qu’a fait avant elle Carolyn Merchant, en 1990, dans La Mort de la nature (autre texte majeur de l’écoféminisme traduit par les éditions Wildproject en 2021). Mais elle lie ce dualisme à une forme pervertie de la raison : le rationalisme. L’ambition n’est pas de rejeter la raison en tant que telle. Au contraire, Plumwood s’engage dans un vaste chantier de sauvetage de cette même raison tout en avançant que ce qui est valorisé comme rationnel dans notre monde actuel est, en fait, d’un point de vue écologique totalement irrationnel.

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L’irrationalité du rationalisme s’exprime dans la marchandisation de la nature et son corollaire, son exploitation sans limite, qui finissent par détruire notre monde. Plumwood montre comment l’argument de la raison – par opposition à l’émotion – est avancé en politique et en économie pour favoriser un système qui n’interagit avec l’autre que dans des rapports instrumentaux et de domination ; que cet autre soit l’autre absolu, le non-humain, la nature ou qu’il soit l’autre minoré, associé à la nature, comme ont pu l’être les femmes et les populations à coloniser.

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