
Rodrigo Duterte a « autorisé des meurtres » et « sélectionné personnellement » certaines des victimes de sa guerre contre la drogue, a déclaré lundi la Cour pénale internationale (CPI), au début des audiences sur un éventuel procès de l’ex-président des Philippines, accusé de crimes contre l’humanité. Celui qui a dirigé les Philippines de 2016 à 2022 ne s’est pas présenté lundi et sera absent toute la semaine, la Cour ayant approuvé vendredi sa demande de renoncer à son droit de comparaître.
Le procureur adjoint de la CPI, Mame Mandiaye Niang, a déclaré que les audiences dites de « confirmation des charges », au cours desquelles les juges décideront si M. Duterte, 80 ans, sera jugé lors d’un procès, constituaient « un rappel que les puissants ne sont pas au-dessus de la loi ».
M. Niang a accusé M. Duterte, d’abord en tant que maire de la ville méridionale de Davao, puis en tant que président des Philippines, d’avoir joué un rôle « central » dans les exécutions extrajudiciaires de trafiquants et de consommateurs de drogue présumés. M. Duterte « a autorisé des meurtres et a personnellement sélectionné certaines des victimes », a déclaré M. Niang.
« Moment historique »
L’ancien dirigeant nie ces accusations, a déclaré son avocat Nicholas Kaufman aux journalistes en amont de l’audience. Il avancera ses arguments plus tard dans la journée. Les quatre jours d’audiences ont démarré lundi. Une fois celles-ci terminées, la Cour aura soixante jours pour communiquer sa décision.
Des groupes rivaux de manifestants philippins campaient déjà devant le tribunal avant le début des audiences. Patricia Enriquez a affirmé à l’Agence France-Presse qu’il s’agissait d’un « moment historique » pour les victimes. « C’est émouvant. C’est porteur d’espoir. C’est aussi très douloureux », a déclaré la chercheuse de 36 ans. « J’espère que tous les Philippins et tous les habitants de la planète se tiendront à nos côtés, se tiendront aux côtés de la vérité (…) de la justice et (…) de la responsabilité », a-t-elle ajouté.
Aldo Villarta, un chef cuisinier de 35 ans, a quant à lui déclaré que le fait qu’un tribunal international juge leur ancien dirigeant était une « gifle » pour les Philippines. « Nous avons déjà tellement souffert de la colonisation », a déclaré M. Villarta, qui estime que les droits humains de M. Duterte étaient bafoués par son emprisonnement.
Exécutions extrajudiciaires
L’ancien chef d’Etat, inculpé de trois chefs d’accusation, a été arrêté à Manille le 11 mars 2025 durant le mandat de son successeur, Ferdinand Marcos Jr. Il avait été transporté par avion aux Pays-Bas dans la nuit même et est détenu depuis à la prison de Scheveningen, à quelques encablures de la mer du Nord.4321
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Le premier chef d’accusation concerne la participation présumée de M. Duterte, en tant que coauteur, à 19 meurtres commis de 2013 à 2016, lorsqu’il était maire de Davao, l’une des principales villes des Philippines. Le deuxième chef se rapporte à 14 meurtres de prétendues « cibles de haute valeur » en 2016 et 2017, lorsque M. Duterte était président.
Le troisième chef porte quant à lui sur 43 meurtres commis à travers les Philippines lors d’opérations de « nettoyage » entre 2016 et 2018, visant des consommateurs ou des revendeurs de drogue présumés. M. Niang a déclaré que les meurtres reprochés dans le cadre de la présente procédure ne représentaient « qu’une fraction » du nombre réel de personnes tuées.
Les groupes de défense des droits humains estiment que les exécutions extrajudiciaires liées à la campagne antidrogue de M. Duterte ont conduit à la mort de dizaines de milliers de personnes, pour la plupart pauvres, tuées par des policiers et des groupes d’autodéfense, souvent sans qu’il soit prouvé qu’elles étaient liées au monde de la drogue.
Les Philippines ont quitté la CPI en 2019, sur instructions de M. Duterte, mais la Cour a jugé qu’elle conservait sa compétence pour les crimes présumés commis dans le pays entre 2011 et 2019. La défense a fait appel de cette décision. L’issue est toujours en attente.




