On imaginait un « comité Théodule » promis à l’indifférence. Et on tient une commission qui fait du bruit, divise, est pimentée de polémiques. On veut parler de l’enquête menée par des députés sur les violences dans le cinéma, l’audiovisuel, le spectacle, la mode et la publicité. Pas moins de 350 personnes auditionnées en cinq mois, de novembre 2024 à mars, des stars, des experts, des patrons de théâtres ou de festivals prestigieux, des anonymes : tous à confesse ! Les conclusions seront dévoilées mercredi 9 avril. Le moment a pourtant été à la fois précieux et contestable.

Le bon côté est limpide. Les auditions ont montré l’étendue des dégâts, et en quoi la culture est un terreau fertile pour les violences, notamment sexuelles. On abuse au nom de l’art, du génie créateur, pour mille autres raisons. C’est, parmi une multitude d’exemples, l’actrice Nina Meurisse qui, pour son premier film, à l’âge de 10 ans, a dû tourner une scène de viol sans y avoir été préparée.

Il y a aussi la richesse des informations collectées, et autant de dilemmes. Comment l’instructeur doit-il toucher une fillette de 6 ans pour lui montrer un pas de danse ? Deux musiciens en situation de hiérarchie dans un orchestre peuvent-ils avoir une relation intime ? Un coach d’intimité peut-il intervenir dans la façon de filmer une scène de sexe ?

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Séances filmées

Et puis cette commission fera date, car on n’avait jamais vu des saltimbanques de haut vol interrogés par des politiques, certains un peu bousculés. Car les séances sont souvent filmées, à voir sur LCP, comme une sidérante série télé. Ils sont 31 dans la commission, mais un tandem a mené la danse : la présidente, Sandrine Rousseau (Les Ecologistes, Paris), trouvant ici un rôle à sa mesure dans son combat #MeToo, et le rapporteur, Erwan Balanant (MoDem, Finistère). La première a donné la ligne : « Le système n’accepte pas la parole des femmes. » Cette parole est sacrée, elle est si douloureuse à porter qu’elle vaut vérité et ne supporte pas la contradiction.

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