On ne s’attendait pas à ce que Phoebe se mue en Cassandre. Phoebe Buffay, figure poétique qui, pendant dix saisons, a fait de Friends un peu plus qu’une sitcom, s’est confondue – c’est la loi de la série au long cours – avec son interprète, Lisa Kudrow. Aujourd’hui, cette dernière revient sur les écrans, pour la troisième fois en vingt ans, dans Mon comeback, sous les traits de Valerie Cherish, actrice marquée à vie par un rôle dans une série comique à succès. L’étrange périodicité de Mon comeback (une saison tous les dix ans) en fait l’équivalent hollywoodien de la comète de Halley : son apparition est le signe de grands bouleversements, l’avènement de la télé-réalité, le triomphe de l’économie du streaming sur celle des studios.

Cette fois, l’héroïne – dont la carrière, comme à l’accoutumée, traverse un interminable pot au noir – décroche contre toute attente le premier rôle dans une série comique. Une chance inespérée, à ceci près que le scénariste en est un large language model (LLM), une intelligence artificielle (IA) nommée Al – peut-être en hommage à son lointain ancêtre, l’ordinateur de 2001 : l’odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick (1968).

En même temps que HBO Max mettait en ligne le premier épisode de Mon comeback, le 23 mars, se tient à Lille l’édition 2026 du festival Séries Mania. Là aussi, l’intelligence artificielle est omniprésente. On croise des scénaristes arborant des badges « IA, non » pendant que, au Forum, le versant professionnel de la manifestation, se succèdent les présentations de produits mus par des IA qui proposent leur assistance dans tous les domaines, de l’écriture au marketing, en passant par le tournage et la postproduction.

Economies réalisées

Largo, une société suisse, propose, entre autres, un outil de mesure d’audience, qui repose sur la numérisation des données d’un échantillon de vrais humains dont on extrait l’histoire, les habitudes, les goûts pour en faire des « jumeaux numériques ». Perpétuellement disponibles, capables de répondre à une infinité de questions sans manifester la moindre impatience, les « jumeaux » peuvent disséquer plan par plan la saison passée d’une série et exprimer leurs desiderata quant au devenir des personnages. Les réponses de l’échantillon virtuel détermineront l’avenir sentimental et professionnel, la disparition ou la survie des gentils et des méchants, des protagonistes et des personnages secondaires.

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