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Sous les arcades du Palais-Royal, un petit groupe attend l’ouverture de la boutique de la Comédie-Française, ce jeudi 1er février, peu avant midi. Chaque semaine, l’institution met en vente une trentaine de costumes portés sur scène. « On doit faire de la place », précise Martine Villemot, déléguée à l’activité commerciale. Et pour cause : plus de 50 000 pièces sont conservées dans les réserves de l’institution.

Cottes de mailles, capes, pourpoints et manteaux sont rangés sur trois portants, entre le fond de la boutique et le hall d’entrée du théâtre. « On choisit des costumes que l’on est sûrs de ne pas réutiliser, explique Anne Marret, secrétaire générale de la Comédie-Française. La structure des patrons et toutes les techniques de fabrication sont archivées. On peut les refaire à l’identique si besoin est»

Quelques minutes après l’ouverture, le hall d’entrée se transforme en cabine d’essayage. Edson Dos Santos, 38 ans, professeur de théâtre dans l’Essonne, se change dans un coin. Pour les besoins d’une pièce qu’il monte avec ses élèves, il souhaite investir dans « un costume de bouffon haut en couleur, de type Sganarelle ou Scapin ». Après un essayage concluant, il repart avec un accoutrement bordeaux, conçu en 1990 pour un acteur du Médecin volant, de Molière.

Friperie éphémère

Chaque pièce a été confectionnée sur mesure. L’étiquette accrochée au vêtement indique le nom de la pièce, du costumier, du personnage qui l’a porté et la date de représentation. Pour aider les clients à se projeter, Martine Villemot les renseigne sur la physionomie du comédien ou de la comédienne pour qui l’habit a été pensé. Sandra, 52 ans, employée dans les assurances, vient d’acheter un costume de scène pour son mari : « J’ai bon espoir que la taille lui convienne, l’acteur qui l’a porté est corpulent, et la pièce comporte des marges d’aisance. »

Ce jeudi, la garde-robe des personnages de Molière est à l’honneur, avec de nombreux vêtements du Bourgeois gentilhomme : manteau en sergé de coton chocolat, tunique courte en crêpe de laine, justaucorps en velours de soie. Un cintre porte une lourde cape revêtue, en 1995, par un acteur jouant Hamlet. Dans le vestiaire, on trouve aussi quelques chapeaux et des pièces conçues pour des mises en scène plus contemporaines, comme un haut-de-chausses en coton porté en 1974 par un « homme du peuple » dans une représentation d’Ondine, de Jean Giraudoux.

Un des costumes en vente à la boutique de la Comédie-Française, en janvier 2024.

Cette friperie éphémère attire les passionnés de théâtre, d’histoire et de mode. Aline Berenguer, 36 ans, modéliste chez Dior, est une habituée de ces ventes hebdomadaires. Friande de bals costumés et de fêtes médiévales, elle cherche un vêtement pour une soirée. Elle a embarqué quelques collègues de travail dans sa quête. « Une fois que je les ai achetés, je les retouche et je les adapte à mes mesures », affirme-t-elle. Ronald Fonrose, 43 ans, travaille dans la mode. Il veut une tenue pour le carnaval de Venise. « On voit tout de suite la qualité des tenues. Elles ont une vibration, une histoire. Elles sont lourdes et précieuses », observe-t-il en passant la main sur un portant. Alexey Asantcheeff, musicien de 39 ans, cherche, lui, une tenue pour le bassiste de son groupe de musique, « qui joue le rôle du marquis fardé ».

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