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Le ministère des finances chinois a confirmé, mardi 5 mars durant la session annuelle du Parlement, un budget militaire en hausse de 7,2 % pour 2024, un taux d’augmentation identique à l’année précédente. Pékin prévoit de dépenser 1 665,5 milliards de yuans (214 milliards d’euros environ) pour sa défense, ce qui reste plus de trois fois inférieur aux Etats-Unis.

Le géant asiatique maintient une « croissance raisonnable » de son budget militaire pour « sauvegarder sa souveraineté, sa sécurité et ses intérêts de développement », avait justifié, lundi, Lou Qinjian, le porte-parole de la session parlementaire.

Ce budget augmente depuis plusieurs décennies, globalement au diapason de la croissance économique. La Chine a annoncé mardi viser une croissance d’environ 5 % en 2024, l’un de ses objectifs les plus modestes depuis des décennies mais sans doute difficile à atteindre car la deuxième économie mondiale peine à se relancer depuis les années Covid.

Le pays consacre 1,6 % de son PIB à son armée, bien moins que les Etats-Unis (3,5 %) ou la Russie (4,1 %), selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

Escarmouches

L’essor militaire chinois est toutefois vu avec suspicion par les Etats-Unis, le Japon ou les Philippines, pays avec lequel la Chine se dispute le contrôle d’îlots en mer de Chine méridionale. Les garde-côtes philippins ont d’ailleurs déclaré qu’un de leurs navires a été endommagé mardi lors d’une collision avec un bateau des garde-côtes chinois lors d’une mission de ravitaillement. Les garde-côtes chinois ont, eux, affirmé avoir pris des « mesures de contrôle » après ce qu’ils présentent comme une « intrusion » de navires philippins près d’un récif disputé dans cette mer de Chine méridionale.

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La croissance militaire chinoise suscite également des craintes à Taïwan, île de 23 millions d’habitants que la Chine espère « réunifier » avec son territoire. Pékin a réitéré, mardi, son opposition à toute indépendance de Taïwan, soutenu militairement par les Etats-Unis.

« Nous nous opposons vigoureusement aux activités séparatistes visant à l’indépendance de Taïwan et aux ingérences extérieures », dit ainsi un rapport d’activité du gouvernement consulté par l’Agence France-Presse (AFP), et publié près de deux mois après l’élection à Taïwan du président Lai Ching-te qui considère l’île comme indépendante de facto.

Des escarmouches éclatent également parfois entre la Chine et l’inde, le long de leur frontière contestée dans l’Himalaya.

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Ogives nucléaires

De son côté, Pékin dit s’inquiéter des alliances militaires nouées par ses rivaux régionaux avec les Etats-Unis ou encore de l’OTAN, qui la présente désormais comme un « défi » pour les « intérêts » de ses membres.

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Le chef de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a encore déclaré en janvier que la Chine « se rapproche de nous » car « nous la voyons en Afrique, nous la voyons dans l’Arctique, nous la voyons essayer de contrôler les infrastructures critiques ».

Dans ce contexte, la Chine a notamment mené l’an passé « une augmentation substantielle du nombre d’ogives nucléaires », déclare à l’AFP James Char, expert de l’armée chinoise à l’Université de technologie de Nanyang (Singapour). Selon le Sipri, Pékin comptait ainsi 410 têtes nucléaires en 2023 (+ 60 en un an), loin derrière Washington (3 708) et Moscou (4 489).

« Les récents scandales de corruption dans l’armée soulèvent néanmoins des doutes quant à l’efficacité de sa force de missiles et au professionnalisme des forces militaires », indique à l’AFP Adam Ni, rédacteur en chef de China Neican, une lettre d’information sur l’actualité chinoise.

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Des suspicions de corruption dans l’armée

La Chine a changé deux fois de ministre de la défense l’an passé. Retraité depuis mars 2023, l’ex-ministre Wei Fenghe n’apparaît plus en public, comme son successeur Li Shangfu, limogé en octobre sans explication après quelques mois.

D’autres hautes personnalités militaires, notamment dans la branche de l’armée chargée des missiles nucléaires, ont été congédiées. Interrogé sur ces remous en août, le ministère de la défense n’avait pas formellement confirmé qu’il s’agissait de corruption mais s’était engagé à « sévir contre tout responsable corrompu ».

La corruption « doit être traitée » pour que l’armée puisse « espérer atteindre l’objectif du [président] Xi Jinping, qui est de supplanter les forces armées américaines en tant que première puissance militaire mondiale », note M. Char.

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Mais Washington reste pour l’heure loin devant. D’après le Sipri, les Etats-Unis sont le pays ayant les dépenses militaires les plus élevées, avec 877 milliards de dollars (808 milliards d’euros environ) en 2022, selon les derniers chiffres disponibles. Suivent la Chine, la Russie (86,4 milliards de dollars), l’Inde (81,4), l’Arabie saoudite (75), le Royaume-Uni (68,5), l’Allemagne (55,8) et la France (53,6).

De plus, les Etats-Unis ont « une présence mondiale et des réseaux d’alliances, ce que la Chine ne peut avoir sur le court terme », souligne Adam Ni. Washington compte des centaines de bases militaires à l’étranger, Pékin seulement une, à Djibouti.

« Compte tenu des lacunes de l’armée chinoise (…) il paraît logique que Pékin n’ait ni les moyens ni l’envie de s’engager dans un conflit contre Washington ou de lancer une invasion (…) de Taïwan », note James Char. « Ce qui reste préoccupant, toutefois, ce sont les frictions [avec] les autres armées de la région, qui peuvent potentiellement déraper et dégénérer en conflit ouvert. »

Le Monde avec AFP

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