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Dans le train, dans le bus, dans la salle d’attente de son dentiste… Jean-Michel Abrassart profite de chaque moment pour réviser sa nouvelle LV3. Danois ? Grec ? Hindi ? Non, klingon. Cette langue aux sonorités rauques et au débit saccadé n’évoque rien à beaucoup de personnes. Et pour cause. Il s’agit de la langue parlée par le peuple guerrier venu de la planète Kronos, dans la saga Star Trek.

« J’alterne avec le japonais », explique ce Belge francophone, bilingue en anglais et suffisamment à l’aise dans la langue de Mishima pour dispenser des cours de conversation dans un centre communal à Charleroi. « Depuis que j’ai découvert que l’application Duolingo proposait des QCM et des exercices pour s’initier au klingon, c’est un petit plaisir intellectuel que je m’accorde, à raison de quinze à trente minutes par jour. J’ai commencé il y a six mois, et c’est sacrément difficile », poursuit le polyglotte, par ailleurs docteur en psychologie et auteur de plusieurs essais sur le vrai et le faux dans le paranormal.

Il y a 6 700 langues parlées dans le monde mais, pour certains, ce choix n’est pas assez large. Amateurs de science-fiction et de fantastique, toqués de langues rares ou simple curieux s’embarquent donc vers une galaxie linguistique étrange, où l’on parle klingon, dothraki, haut valyrien, na’vi, sindarin ou encore quenya, des idiomes tous imaginés pour la fiction.

Syntaxe déroutante

Revenons au klingon. Inventé par le linguiste américain Marc Okrand pour le film Star Trek III : A la recherche de Spock (1984), ce langage fictif ne ressemble à aucune autre langue. Sa syntaxe est déroutante – elle est inversée par rapport au français, le sujet étant en fin de phrase et l’objet au début – tout comme sa grammaire, dite « agglutinante », car fondée sur l’adjonction de suffixes (très nombreux). Si l’on y ajoute des préfixes en pagaille, un alphabet spécifique, le « plqaD », et un vocabulaire riche d’environ 3 500 mots, vous obtenez un sabir d’une grande complexité, qui ne semble pas faire peur aux quelque 2 500 locuteurs estimés dans le monde.

La créativité langagière a une longue histoire. Les hommes ont toujours fait preuve d’une imagination débordante pour inventer des langues dites « construites » car « créées de toutes pièces pour un but précis », définit Frédéric Landragin, directeur de recherche en linguistique au CNRS et auteur de Comment parler à un alien ? Langage et linguistique dans la science-fiction (Le Bélial, 2018). « Alors que les langues dites “naturelles” comme le français, l’italien ou l’anglais sont nées spontanément à partir d’une langue antérieure et-ou d’emprunts à d’autres langues, et continuent à évoluer au fil du temps. »

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