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Elle donne rendez-vous à la cafétéria de la Maison de la radio. Pour un temps, Julie Gavras, fille d’un cinéaste et d’une productrice, sœur d’un cinéaste et d’un producteur, elle-même réalisatrice, a délaissé l’image pour se concentrer sur l’audio. Son podcast, « La Maison du loup », sera diffusé à partir du 24 janvier sur Arte Radio. On y entend, pendant trente-cinq minutes, des professionnels (psychiatres, psychologues, sexologues, assistants sociaux, criminologues) qui prennent en charge des auteurs d’infractions à caractère sexuel contraints par la justice à un suivi psychologique.

Des violeurs, des pédocriminels, des pères incestueux… des humains en proie à des troubles qui ont anéanti des vies autour d’eux. Il y a ce jeune déficient intellectuel qui manque la plupart de ses séances ; un autre patient décrit par son assistant de justice comme « manipulateur, dénégateur, pervers » et qui s’ouvre à la relation thérapeutique pendant le confinement, à la faveur d’entretiens téléphoniques qui le libèrent du regard porté sur lui ; ce père d’une fillette de 10 ans, condamné pour des « gestes » sur une autre petite du même âge, que la psychothérapeute remet « face à sa fonction paternelle » en l’interrogeant sur ce qu’il ferait, lui, à un homme qui agresserait sexuellement son enfant…

Ce jour-là, à la Maison de la radio, Julie Gavras est en plein mixage d’un épisode de l’émission de France Culture « L’Expérience ». « Trente-cinq degrés à Athènes – mon père, mon fils et la guerre civile » évoquera, le 17 février, le conflit qui opposa, au lendemain de la seconde guerre mondiale, en Grèce, l’armée régulière, ­proroyaliste, aux résistants communistes qui avaient libéré le pays. Une époque méconnue de l’histoire revisitée par le prisme de l’intime.

« C’est une manière de parler de mon père [le cinéaste Costa-Gavras] sans empiéter sur son domaine », dit-elle. En 2020 déjà, elle avait retracé, pour la même émission, un épisode de la vie de sa mère, Michèle Ray-Gavras, partie en 1965 avec trois copines traverser le continent sud-américain en Renault 4L. « J’avais toujours trouvé formidable cette aventure et je ne savais pas s’il existait des images : le podcast offre une rapidité de fabrication sans commune mesure avec celle d’un documentaire pour la télé ou le cinéma », précise-t-elle. Un moyen d’expression plus maniable, lui permettant peut-être aussi de creuser des récits plus personnels.

« Ces petites choses qu’on ne dit jamais »

A travers les différents médias dont elle use, un fil rouge guide le travail de Julie Gavras, qu’elle résume comme un intérêt pour « ces petites choses qu’on ne dit jamais, les mécanismes concrets derrière les événements ». Son premier film de fiction, La Faute à Fidel ! (2006), c’était cela : comment grandir dans une famille de militants politiques ? Le documentaire Les Bonnes Conditions, diffusé sur Arte en 2018, cela encore : « qu’est-ce que ça fait » de naître dans un milieu très privilégié, qui porte ses enfants mais aussi les oppresse par le poids de ses ambitions ?

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