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Histoires Web vendredi, mars 1
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Jonathan Glazer, né en 1965, à Londres, n’a signé que quatre longs-métrages de fiction depuis 2000. Relativement méconnu du grand public, il n’en est pas moins choyé par les cinéphiles, qu’il a éblouis avec Under the Skin (2013), tableau d’une tueuse extraterrestre interprétée par Scarlett Johansson, engloutissant dans les eaux noires de la nuit les hommes qui se rendent à ses charmes.

A certains égards, la mort est le métier de tous les personnages principaux des films de Glazer. Par excellence du dernier d’entre eux, La Zone d’intérêt, œuvre tétanisée et tétanisante, sur la vie quotidienne de Rudolf Höss, le commandant d’Auschwitz, saisie dans sa maison familiale avec jardin fleuri adossé au camp. Pour Glazer – à l’instar de Primo Levi ou de Giorgio Agamben –, la Shoah, pas davantage que la Gorgone, ne saurait être regardée en face. Ce que montre, au pied de la lettre, La Zone d’intérêt, suggérant qu’Auschwitz se comprend moins au cœur du camp que de la maison d’à côté.

Dix ans ont passé depuis la sortie de votre film précédent, « Under the Skin ». Est-ce le temps qui vous a été nécessaire pour réaliser « La Zone d’intérêt » ?

Je pensais à ce sujet depuis plus longtemps encore, tout en sachant que je ne le réaliserais qu’à la condition de trouver une porte d’entrée. Après la sortie d’Under the Skin, j’ai eu enfin l’esprit clair pour m’atteler à cette tâche.

La lecture d’une critique du roman La Zone d’intérêt, de Martin Amis, a été éclairante, parce qu’elle soulignait que le livre était écrit du point de vue des bourreaux. J’ai lu ensuite le roman, nous en avons acquis les droits, puis j’ai passé beaucoup de temps à rencontrer des spécialistes et à lire les archives d’Auschwitz…

Le paradoxe est que la tonalité baroque du roman et le point de vue ultradistancié du film n’ont rien en commun…

Le livre a été une sorte d’étincelle initiale. J’ai été fasciné par les personnages, mais j’ai poursuivi ensuite le voyage à ma manière. Je pense tout de même qu’à certains endroits la trivialité que je décris peut rejoindre le registre grotesque du roman.

Vous dites dans le dossier de presse du film : « Ce n’est que lorsque j’ai compris comment filmer que j’ai compris ce que j’allais filmer. » Pourriez-vous préciser cette pensée ?

Il y avait pour moi un réel danger à utiliser les techniques cinématographiques habituelles pour filmer un criminel nazi. Je ne voulais en aucun cas prendre le risque de le rendre attirant, séduisant, en adoptant les codes de la fiction classique. Il était impératif de créer une distance critique entre moi et le sujet. Je voulais également que le spectateur soit mis en position de s’identifier non avec les victimes, mais avec les bourreaux. Ce n’est qu’à partir de là que j’ai su quoi filmer.

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