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[En juillet 2022, Judith Chemla publie sur Instagram une photo de son visage tuméfié, assortie d’un texte dénonçant les violences et le harcèlement infligés par son ex-compagnon et père de sa fille, Yohan Manca. L’acteur et réalisateur a été condamné pour ces faits à huit mois de prison avec sursis.

Dans un livre intitulé Notre silence nous a laissées seules (Robert Laffont, 21 euros), paru jeudi 25 janvier, l’actrice et autrice démonte les ressorts de cette emprise. Elle raconte avoir déjà subi, dix ans auparavant, la violence de James Thierrée, acteur et metteur en scène de renom, et père de son premier enfant.

Au fil de son récit, Judith Chemla fait le choix de ne pas nommer directement les deux hommes – baptisés « le prince » et « le loup » –, écrivant davantage pour dénoncer « une société qui encore aujourd’hui ne veut pas considérer les mécanismes implacables d’une domination brutale exercée sur les femmes et sur les enfants et, pire, y participe en refusant de nous en protéger ».

Lire aussi le portrait : Article réservé à nos abonnés Judith Chemla, la vie et l’art emmêlés

Joint par Le Monde, James Thierrée a nié les faits : « Je ne m’explique pas ces accusations, que je conteste fermement et qui me bouleversent. Nous avons connu des moments de tension, d’incompréhension et de tristesse mais jamais je n’ai commis de violences, quelles qu’elles soient, à l’encontre de Judith Chemla. »]

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Bonnes feuilles. Les splendeurs qu’il arrache à la scène sont rudement payées, et les artistes s’acquittent auprès de lui d’un lourd tribut. Avant même qu’il n’y ait la moindre friction entre nous, je remarque l’acharnement avec lequel il fait répéter la danseuse de son précédent spectacle, sa dernière compagne avant moi. Après avoir observé la façon qu’il a de s’adresser à elle avec une insatisfaction grandissante, j’ai l’intention de lui dire qu’il ne fait que bloquer les capacités de cette artiste – pourtant si virtuose – à répondre à ses demandes.

Entendre ses « Non… », « Non ! », « Encore ! », « Non », « Non, c’est pas ça », ce ton d’agacement grandissant quand il talonne la danseuse, ses « Ça ne va pas », « Recommence », puis les cris qui arrivent, les « Non ! Non !! » de plus en plus rapides et rapprochés, qui laissent de moins en moins d’espace à l’artiste, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus aucune chance de trouver en elle les ressources pour s’exprimer, jusqu’à ce qu’elle soit vidée de sa substance et que ce soit justement ça que lui reproche le prince ; le voir incriminer cette danseuse si douée de ce qu’il a lui-même provoqué ne déclenche pas en moi de sonnette d’alarme. Je suis bien trop collée à lui. Je pense alors, comme je l’ai longtemps pensé, que la confiance que donne l’amour me permettra de l’aider à déjouer les pièges dans lesquels il fait tomber ses interprètes, dans lesquels il tombe lui-même.

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