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Histoires Web mercredi, février 21
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« Ah ! non, pas question, je ne prends pas le fauteuil ! S’asseoir, c’est s’endormir. Et puis on va bouger tout ça, il ne faudrait quand même pas que ça fasse atelier d’artiste connu ! » Hélène Delprat n’est pas du genre à se poser. Quand elle nous reçoit dans son atelier d’Argenteuil (Val-d’Oise), elle virevolte entre ses toiles, gros pull et guêtres aux chevilles. Le soleil d’hiver et sa conversation à bâtons rompus réchauffent la pièce glacée. Voilà des années qu’elle travaille ici, dans une gare désaffectée, cachée derrière des voies ferrées.

A 66 ans, elle vient de rejoindre la très puissante galerie Hauser & Wirth, installée depuis l’automne à Paris et qui l’expose à partir du 20 janvier, sans abandonner pour autant le marchand Christophe Gaillard, qui la défend depuis une quinzaine d’années. Mais elle n’est pas du genre à en tirer gloriole. « Ce que ça a changé ? Je me suis acheté une cafetière, s’amuse-t-elle en nous servant une tasse. C’est vrai, parfois je me la pète, mais seulement quand je suis seule. »

Elle s’avoue quand même, plus sérieusement, « heureuse de rejoindre beaucoup d’artistes qu’[elle] admire, Martin Creed, Lee Lozano, Paul McCarthy aussi, le plus impressionnant. C’est stimulant. Mais je ne veux pas boursoufler ma vie pour autant. » Le succès rencontré depuis une dizaine d’années n’a rien changé : « Je n’ai toujours pas d’assistant, je ne saurais pas quoi en faire. »

Abracadabrante, monstrueuse et enchantée

Seules deux perruches vertes l’accompagnent, avec les milliers d’images dans lesquelles elle vient piocher pour son travail. « Je reste dans la chasse, la traque d’images, je passe ma vie à écouter ce que je me raconte et tout ce que les autres disent », résume-t-elle. Il a souvent été rapporté qu’elle avait un temps abandonné la peinture, « mais c’est juste une rumeur », corrige-t-elle. « Certes, je dis que je hais mes toiles, mais ça n’empêche : j’aime ce côté anachronique de la peinture, quand aujourd’hui tout est morcelé. »

Au pied de la verrière de l’atelier, une grande toile attire l’œil, frappée d’un slogan : « I declare I am not a white european female artist » (« je déclare que je ne suis pas une femme artiste européenne blanche »). Une femme blanche et européenne, voilà le genre de classifications auxquelles elle a tenté d’échapper toute sa vie. Avec son crâne rasé emprunté à l’une de ses héroïnes, la photographe surréaliste Claude Cahun, elle n’a de leçon de fluidité à recevoir de personne. Si elle veut être considérée, c’est pour son art, pas pour les cases qu’elle cocherait. A la fois baroque, abracadabrante, monstrueuse et enchantée, sa peinture est longtemps passée sous les radars.

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