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De l’avis du peintre et écrivain Mahi Binebine, ce devait être « une vitrine incroyable pour le Maroc, dans l’un des lieux les plus beaux de la planète ». Mais celui qui avait été choisi en septembre 2023 pour prendre en charge le commissariat du pavillon marocain à la 60Biennale de Venise, qui débute le 20 avril, vient d’apprendre qu’il était déchargé de sa mission. Tout comme les trois artistes Safaa Erruas, Majida Khattari et Fatiha Zemmouri, dont la participation avait pourtant, elle aussi, reçu l’aval du ministère marocain de la culture.

« J’ai reçu lundi [15 janvier] un appel d’un responsable du ministère, qui m’a informé de façon très froide et sans aucune justification qu’un autre commissaire allait prendre ma place et que les artistes que j’avais sélectionnées ne participeraient pas non plus », révèle Mahi Binebine, joint par téléphone.

Sollicité par Le Monde, le ministère de la culture n’était pas disponible mardi pour expliquer les raisons de cette annulation. Selon M. Binebine, c’est l’historienne de l’art et commissaire indépendante Mouna Mekouar qui a été choisie pour lui succéder. Celle-ci n’a pas pu être contactée dans l’immédiat pour confirmer sa nomination.

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En déplacement à l’étranger, M. Binebine dit ne pas comprendre cette « décision de dernière minute ». « Nous sommes allés à Venise du 25 au 29 septembre, nous avons visité le pavillon, qui est magnifique, à l’Arsenal, nous avons effectué les repérages, nous avons aussi rencontré le directeur général de la Biennale », raconte-t-il, précisant que la production des œuvres des artistes a été payée sur ses fonds propres dans l’attente des financements prévus, et cela en accord avec le ministère, selon lui.

« Manque de respect »

« J’ai dépensé plusieurs dizaines de milliers d’euros pour que le projet soit bouclé en trois mois et que nous soyons en mesure d’envoyer toutes les images des œuvres à la Biennale avant la date limite, qui était le 11 janvier », indique M. Binebine, qui ajoute que les artistes se sont « effondrées » en apprenant la nouvelle.

« C’est un coup très dur, confie Safaa Erruas. J’ai travaillé avec beaucoup de passion, car j’étais honorée de représenter le Maroc. Aujourd’hui, c’est un cauchemar. Comment une institution censée aider et promouvoir les artistes peut-elle à ce point leur manquer de respect ? »

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Mme Erruas, qui vit à Tétouan, dans le nord du Maroc, détaille avoir loué un second atelier et fait appel à des dizaines de collaborateurs pour réaliser une installation de 13 mètres qui devait être présentée à Venise. « Un effort extraordinaire dans un laps de temps très court », témoigne l’artiste, qui confirme avoir elle aussi reçu un appel du ministère de la culture. « La seule chose qu’on m’a proposée, c’est de m’aider à trouver une solution pour entreposer ma pièce », souligne-t-elle.

Une première pour le Maroc

Une autre artiste initialement programmée, qui a souhaité garder l’anonymat, évoque quant à elle « un immense gâchis ». « Le ministère aurait pu nous prévenir avant. Toutes les trois, nous nous sommes concentrées sur la Biennale, nous n’avons rien fait d’autre pendant des mois. C’est du temps perdu que nous aurions pu consacrer à faire autre chose », regrette-t-elle.

L’incompréhension est d’autant plus grande, selon M. Binebine, que le projet d’un pavillon marocain à la Biennale de Venise – le premier dans l’histoire du pays – n’était pas à l’ordre du jour il y a encore quelques mois. « J’en ai parlé directement au ministre de la culture et je l’ai convaincu de le faire dès le mois d’avril 2023. L’ambassadeur d’Italie au Maroc nous a aussi beaucoup aidés dans cette démarche », dit-il.

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Dans un texte publié mardi sur les réseaux sociaux, M. Binebine et les trois artistes ont déclaré souhaiter « tout le succès du monde » à la nouvelle équipe chargée du pavillon marocain. « Avec dignité, nous gardons espoir dans ce Maroc qui nous fait mal », ont-ils conclu leur message.

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