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Le terme se prononce dans les entreprises sur un ton admiratif et s’estampille, comme un badge, sur le réseau social LinkedIn. Un « troisième cycle » officieux, décroché par les plus talentueux et convoités des jeunes diplômés. « A la sortie de mes études, je ne savais pas ce que je voulais faire. Mais je savais que je voulais [participer à] un “graduate program” », résume Aymar de Bergeyck, 24 ans. Viser le « graduate program » (programme destiné aux jeunes diplômés), c’est faire son entrée dans le monde du travail « par la grande porte », ajoute le titulaire d’un master en génie mécanique et intelligence artificielle de la prestigieuse université technique de Delft, aux Pays-Bas.

Conçus pour s’étaler sur deux à trois ans, ces mécanismes permettent à des jeunes recrues triées sur le volet – et donc souvent diplômées des plus grandes écoles – de découvrir différents postes au sein de l’entreprise – avec, souvent, une mission à l’international à la clé –, de bénéficier d’un accompagnement sur mesure et de salaires plus élevés, le tout en contrat à durée indéterminée.

« Les grosses boîtes mettent les moyens pour nous séduire », confirme Aymar de Bergeyck, qui a rejoint le OneTech Graduate Program de TotalEnergies en janvier 2023. Pendant son intégration, il rencontre soixante autres « graduates », des jeunes comme lui, sélectionnés sur plus de 4 000 candidatures. Ils logent un mois dans le même hôtel, visitent plusieurs sites du groupe, puis passent deux semaines au Danemark pour assister à une formation sur les énergies renouvelables.

Lire aussi l’enquête | Article réservé à nos abonnés Le déclassement des diplômés de master : « Aujourd’hui, il y a une sacralisation des études longues, mais comme beaucoup de monde en fait, on se retrouve bloqués »

« Il y a un esprit de promo entre “graduates”. On va bientôt partir au ski entre nous, on tisse de vrais liens », détaille le jeune homme, qui a effectué sa première mission dans une centrale à gaz en France. « J’ai repéré l’origine d’importantes fuites qui ont permis d’économiser des centaines de milliers d’euros », souligne-t-il fièrement. Actuellement en poste à la recherche et développement du groupe, il terminera son parcours par une mission en mer pour découvrir l’éolien offshore, peut-être à Taïwan, et poursuivra son ascension : « En tant que “graduate”, je suis mieux payé que mes amis ingénieurs, et j’ai une excellente visibilité au sein de l’entreprise. »

Alors que les sociétés sont nombreuses à se livrer à une concurrence féroce pour embaucher ces profils, le « graduate program » est devenu un outil de distinction pour les séduire. La base de données de l’Edhec « NewGen Talent » en dénombre aujourd’hui 1 300, répartis au sein de plus de 630 entreprises dans des secteurs divers. « A l’origine, les “graduate programs” étaient l’apanage du monde bancaire anglo-saxon, c’était un dispositif de recrutement élitiste, avec des écoles cibles et de la cooptation », retrace Manuelle Malot, directrice carrières et prospective de l’Edhec.

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