Histoires Web vendredi, février 20
il est urgent de sortir de la crise

La déception est à la hauteur des espoirs placés par la France dans le chancelier allemand, Friedrich Merz, investi en mai 2025, à Berlin : immense. Après les années d’incompréhension entre Emmanuel Macron et le social-démocrate Olaf Scholz (2021-2025), Paris voyait l’arrivée au pouvoir du conservateur Friedrich Merz comme une chance historique pour le renouveau d’une Europe délaissée par l’Amérique.

A raison : en quelques semaines, ce dernier avait fait voler en éclats plusieurs tabous historiques, permettant enfin à l’Allemagne de s’endetter massivement pour financer son réarmement, dénonçant sa dépendance excessive vis-à-vis des Etats-Unis, et parlant sans complexe d’Europe de la défense. Face à cet Européen convaincu, parfois présenté un peu vite comme un « néogaulliste », Paris jubilait.

Moins d’un an après, c’est la douche froide. La France et l’Allemagne semblent ne plus s’entendre, ni même chercher à se comprendre. Une série malheureuse de désaccords a éloigné deux Etats qui s’opposent, au fond, toujours sur les mêmes sujets. Berlin reproche à Paris de n’avoir pas soutenu l’accord commercial avec le Mercosur – le marché commun sud-américain –, auquel Friedrich Merz tenait tant pour trouver des débouchés alternatifs, alors que les Etats-Unis et la Chine se ferment.

Désaccords anciens

Le chancelier allemand n’a pas vu qu’il était impossible politiquement pour Emmanuel Macron de soutenir le texte. Il espérait aussi l’appui de la France, lorsqu’il a proposé de mobiliser les actifs russes gelés afin de financer l’aide à l’Ukraine. Là encore, jouant son va-tout, il a ignoré les réserves que la France et d’autres pays européens avaient pourtant exprimées.

De son côté, la France voudrait que l’Allemagne assume pleinement son rôle stratégique au sein de l’Europe, et s’émancipe de la tutelle américaine, à laquelle une partie du pays demeure viscéralement attachée par facilité et par crainte de responsabilités nouvelles. Emmanuel Macron n’a en outre pas résisté à l’envie d’évoquer de nouveau la piste d’un emprunt européen commun qui permettrait à ses yeux de bâtir cette autonomie stratégique souhaitée depuis près de dix ans.

C’était méconnaître combien cette idée est politiquement indéfendable pour le chancelier. Certains, y compris dans son propre camp, ne lui pardonnent pas d’avoir rompu avec la rigueur prônée par son parti en autorisant le recours à la dette. Et, vu d’Allemagne, dépenser de l’argent ne peut pas remplacer des réformes de fond que la France n’a cessé de reporter. Une fois de plus, la sortie du président français a été lue comme un insupportable caprice, mal venu et inopportun.

Le projet commun d’avion de combat, que la France et l’Allemagne s’accusent mutuellement de faire échouer, illustre cette crise franco-allemande. Mais, au fond, leurs désaccords n’ont rien de très nouveau. La France veut dépenser plus qu’elle ne le peut, et entend protéger son économie. L’Allemagne a besoin d’exporter et privilégie les réformes économiques aux investissements.

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Sortir de cette mauvaise passe est pourtant impératif. Dans une Europe que Donald Trump et Vladimir Poutine rêvent de diviser, la France et l’Allemagne n’ont guère le choix : elles sont obligées de se rapprocher, et vite. Sans doute en sont-elles conscientes, pour avoir l’une et l’autre reparlé d’un partage de la dissuasion nucléaire française lors de la conférence de Munich. Si elles parviennent à s’entendre, l’Europe aura franchi une nouvelle étape. Immense.

Le Monde

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