
La dernière fois qu’on avait croisé Iegor Gran dans la rue, il portait une chapka. Il faisait très froid ce jour-là, et l’écrivain promenait son chien, emmitouflé comme on l’est sans doute en plein hiver à Moscou, où il est né, en 1964. C’était peu après la parution de Services compétents (P.O.L, 2020), dans lequel il raconte avec une gravité loufoque la vie de ses parents, relatant notamment la traque de son père, André Siniavski (1925-1997), dissident soviétique, par le KGB. Cette fois-ci, quand « Le Monde des livres » le rencontre pour évoquer son œuvre, alors qu’est publié son livre LesExplorateurs, il porte une casquette à la Gavroche. Il fait certes moins froid, en ce mois de mars, mais on se dit que le choix de ce couvre-chef ne relève pas du hasard : son nouveau roman tient en effet l’univers de ses parents relativement à distance et se consacre à l’année de 2de du jeune Iegor, au lycée Marie-Curie de Sceaux (Hauts-de-Seine). A l’école publique, au début des années 1980, en France, où il vit depuis quelques années, l’adolescent a bien d’autres préoccupations, avec ses camarades, que d’assumer son héritage. Il découvre notamment qu’il sait faire rire en jouant avec la langue française, dont l’apprentissage a pourtant été si difficile pour lui.
Fidèle à lui-même jusque dans sa légère excentricité, Iegor Gran écrit des livres à son image. Rigoureux et précis, comme l’ingénieur de formation qu’il est. Imaginatifs et un brin décalés, comme le lauréat du Grand Prix de l’humour noir qu’il a été pour O.N.G ! (P.O.L, 2003). Celui qui érige l’« art de la surprise » en esthétique, et presque en valeur, déjoue encore une fois les attentes dans ce vingt-deuxième livre. L’occasion d’explorer quelques aspérités de son travail pour mesurer l’inventivité d’une œuvre aussi singulière que réjouissante.
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