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Le visage fermé, Blaise Mulliez attend la réponse à la dernière question, mais il sait déjà que c’est terminé pour lui. Après soixante-seize victoires consécutives, cet enseignant en école d’ingénieurs va devoir quitter le grand fauteuil rouge de l’émission de télévision « Tout le monde veut prendre sa place », le jeu du midi de France 2. La défaite est confirmée, le champion en titre accuse le coup, l’animateur le prend longuement dans ses bras, les deux hommes sont émus aux larmes… En se maintenant à l’antenne du 21 octobre au 11 janvier, Blaise est devenu le premier « superchampion » de l’ère Jarry (Anthony Lambert), l’animateur qui a repris les rênes de cette émission de culture générale en août 2023, succédant à Laurence Boccolini.

Chaque jour, des dizaines de compétiteurs défilent derrière les pupitres des sept jeux en individuel diffusés entre 11 h 20 et 19 h 20 (principalement sur le service public), mais rares sont ceux à obtenir le statut de « superchampion » : un titre informel accordé aux candidats se hissant au moins dans les trente premiers du jeu auquel ils ont participé. Arrivé à la quatorzième place du palmarès de « Tout le monde… », créé en 2006, le Toulousain de 38 ans s’est ainsi vu ouvrir les portes de ce cercle restreint, convoité par tous les participants et protégé comme un trésor par les sociétés de production.

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A l’heure où la télé mise tout sur la fidélisation du public pour le détourner des autres écrans, le superchampion qui se maintient pendant des semaines au sommet de l’Olympe cathodique s’est imposé comme un maillon indispensable pour les chaînes, aussi infaillible pour porter les audiences qu’imbattable sur son rapport qualité-prix. « N’oubliez pas les paroles », « Les 12 Coups de midi », « Slam » ou encore « TLMVPSP » (sigle un peu barbare communément utilisé par les habitués du jeu de France 2)… chaque programme a son poste de champion, que l’on appelle ici le « maestro » ou là le « maître de midi ».

« Si un producteur vous dit que cela n’a pas d’effet sur les audiences, il ment », tranche Nagui, qui connaît son sujet, après avoir installé « TLMVPSP » puis « N’oubliez pas les paroles », en 2007, qu’il présente toujours. « C’est un effet de palier : on grimpe quand il y a un nouveau maestro puis, quand il s’en va, ça se maintient un peu avant de chuter, mais moins bas que ce que c’était avant », analyse-t-il.

Douze émissions enregistrées en une journée

Il y a un moment déjà que la martingale a été découverte : dans les années 1950, aux Etats-Unis, plusieurs scandales ont mis au jour des systèmes de triche pour maintenir en place des champions qui faisaient grimper l’audimat. Dans le film Quiz Show (Robert Redford, 1994), l’un des personnages félicite un producteur pour son champion du moment, car, « avec lui, tu pourrais facilement battre “I love Lucy” ! », première série à grand succès. Trois quarts de siècle plus tard, la problématique reste la même : c’est désormais le feuilleton de TF1 Demain nous appartient qui menace chaque soir Nagui et son jeu de karaoké.

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